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Chômage en Europe : place à « l’euro-optimisme »

09-05-2018  

Jeudi 3 mai 2018, Pierre Moscovici, commissaire européen aux affaires économiques et financières, a annoncé des prévisions positives pour l’Europe dans les prochains mois. Selon ces prévisions, en terme de chômage comme en terme de croissance économique, l’Europe se porte bien et est sortie de la crise.

 

À NUANCER

Les prévisions de Pierre Moscovici sont encourageantes, mais demandent tout de même à être nuancées si on y regarde de plus près. Le commissaire européen affirme que le taux de chômage en Europe a fortement baissé, de là à flirter avec les chiffres d’avant la crise économique. Mais est-ce bien vrai ?

Hausse/Baisse des taux de chômage par pays entre 2007 et 2018 en Europe
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Cette carte de l’Europe met en exergue les pays où le taux de chômage a augmenté (en rouge) ou a baissé (en jaune) depuis 2007, soit depuis la crise économique. Nous constatons que le taux de chômage de douze pays européens est plus élevé actuellement qu’il y a dix ans. Le taux de chômage a effectivement baissé dans onze pays européens depuis la crise. Les déclarations de Pierre Moscovici sont donc à nuancer si on observe les taux pays par pays, les pays européens n’ont pas tous un taux de chômage comparable à celui d’avant la crise.

Les graphiques suivants montrent les taux de chômage en Europe en 2018, dans les pays où ce taux a baissé depuis la crise, et dans les pays où le taux a augmenté depuis la crise.

Taux de chômage en Europe en 2018
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En consultant les données disponibles sur Eurostat en matière de chômage en Europe, nous parvenons donc à une réalité plutôt contrastée. Quel est l’intérêt de vérifier ces dires ? Les mots de Moscovici semblent quelque peu idéalistes, ce qui nous amène à aborder ces résultats très positifs de manière critique.

Pourquoi ces déclarations si optimistes ? L’Europe d’aujourd’hui connait de grands changements dans sa composition. En effet, nous avons pu observer une présence plus accrue d’euro-scepticisme de la part de certains partis tels que le Mouvement Cinq Etoiles en Italie, le parti UKIP de Nigel Farage ou encore le Rassemblement National (ex Front National) de Marine Le Pen. Nous pouvons nous demander si cet optimisme ne serait pas le résultat d’une stratégie de communication des acteurs européens pour maintenir l’image d’une Europe unie et en bonne santé face à cette montée d’euro-scepticisme.

 

Le doute persiste

C’EST FAUX

Malgré des taux en baisse et des déclarations encourageantes, le chômage en Europe continue d’être pointé comme un problème. Cette utilisation des taux de chômage comme arguments est très palpable dans les discours du Rassemblement National (Front National). Selon Marine Le Pen, le chômage est en augmentation en France, malgré les résultats satisfaisants sur l’ensemble de l’Europe. Le parti euro-sceptique n’est donc pas du même avis que Moscovici, et n’hésite pas à utiliser des termes forts pour décrire le chômage en France.

extrait d’un communiqué de presse de Marine Le Pen – septembre 2017

La situation est-elle si dramatique en France ? La réponse est non. La France fait partie des pays européens où le chômage a augmenté depuis 2007, mais le pays n’est pas dans une situation critique. Le taux de chômage est actuellement de 8,8%, ce qui ne permet pas réellement d’affirmer que la France est un « mauvais élève » en matière de chômage en Europe. Plus important encore : le taux de chômage est même en train de diminuer en France, selon Eurostat. En l’espace d’un an, le taux de chômage a d’abord stagné à 9%, et est maintenant en diminution.

Stacked Dark
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Il est important de souligner que pour comparer des taux de chômage, il faut se baser sur la définition du Bureau International du Travail (le BIT), qui qualifie un chômeur/une chômeuse de « personne en âge de travailler (15 ans ou plus) qui répond simultanément à trois conditions :

être sans emploi, c’est à dire ne pas avoir travaillé au moins une heure durant une semaine de référence ;

être disponible pour prendre un emploi dans les 15 jours ;

avoir cherché activement un emploi dans le mois précédent ou en avoir trouvé un qui commence dans moins de trois mois. »

En utilisant une autre définition du chômeur/de la chômeuse, il devient aisé de contourner les chiffres et les interpréter à son avantage.

Qu’en est-il du chômage des jeunes européens ?

Nous avons vu que les taux de chômage varient d’un pays à un autre en Europe. Les taux exposés par Pierre Moscovici peuvent être jugés encourageants, mais il ne faut pas oublier que les jeunes de moins de 25 ans sont fortement concernés par le chômage.

Selon les chiffres d’Eurostat, il y aurait 15,6% de jeunes sans emploi dans l’Union Européenne. Les pays aux plus importants taux de chômage des jeunes, sont la Grèce avec 42,3% de jeunes au chômage, talonnée de près par l’Espagne avec 35% et enfin, l’Italie avec 31,7% de jeunes chômeurs. L’Allemagne, avec 6,1% de jeunes sans emploi est le pays d’Europe comportant le plus faible taux de chômage des jeunes.

Quel constat pour la Belgique ?

La Belgique fait partie des onze pays dont le taux de chômage a diminué depuis 2007. Toujours selon les données récoltées sur Eurostat, le pourcentage de chômeurs belges s’élève à 6,4%, ce qui représente moins de 500.000 personnes. La Belgique étant divisée en trois régions, il semble judicieux de se pencher de plus près sur le taux de chômage dans les régions. La Flandre compte 5,9% de chômeurs, la Wallonie 12,1% et la région de Bruxelles-Capitale 15,9%. Bien que la Wallonie ne soit pas la région avec le taux de chômage le plus bas, c’est tout de même là qu’il y a eu la baisse la plus importante de demandeurs d’emploi qui sont 7,5% de moins qu’en 2016.


Asley Santoro et Hanan Harrouch.

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