Cordon sanitaire : y voir plus clair

15-12-2016  

A l’heure où la NV-A laisse entendre qu’elle pourrait rompre le cordon sanitaire et où certains membres du MR voudraient qu’il s’applique également au PTB, nous avons décidé de faire le point sur ce dispositif particulier.

Qu’est-ce que le cordon sanitaire ?

Le cordon sanitaire est un dispositif belge instauré dans les années 1990. Au fil des années, il s’est développé sur deux versants :

Politique. Au niveau politique, il s’agit d’accords entre partis démocratiques pour empêcher les partis d’extrême droite d’accéder au pouvoir. Le cordon a été tracé sur une base volontaire. Il ne repose sur aucun texte législatif : il se base uniquement sur des accords inter-partis.

Médiatique. Du côté francophone du pays, la mesure a été étendue à certains médias, notamment du service public. Les leaders des partis d’extrême droite ne peuvent ainsi pas s’exprimer en direct dans ces médias.

Comment est né le cordon sanitaire ?

Il a fallu plusieurs années pour le cordon politique soit formalisé en Belgique :

 

Qui est concerné par le cordon sanitaire ?

Le cordon s’applique spécifiquement aux partis d’extrême droite. Ces derniers sont caractérisés par « la volonté de traiter les êtres humains sur un pied d’inégalité », explique Jean Faniel, directeur général du CRISP. Il poursuit : « l’élément discriminant est la dimension de racisme ou d’incitation à la haine ».

Dans les années 1990, le cordon s’appliquait ainsi au Vlaams Blok ainsi qu’au Front national belge et au Front nouveau de Belgique (FNB). Les deux partis francophones n’existant plus, seul le Vlaams Blok, devenu Vlaams Belang depuis lors, est aujourd’hui concerné par ce dispositif politique.

Le cordon médiatique est-il déontologique ?

Le principal objectif du cordon médiatique est d’éviter de faire de la publicité aux partis d’extrême droite. Les opposants au cordon sanitaire condamnent toutefois ce dispositif, y voyant une forme de censure. Ils dénoncent une atteinte à la liberté d’expression et à la liberté de la presse.  « Vu de l’extérieur, cela peut paraître contraire à la liberté d’expression mais ce n’est pas une interdiction absolue : les journalistes ont la responsabilité sociale de mettre les choses en perspective », nuance cependant Muriel Hanot. La secrétaire générale du Conseil de déontologie journalistique insiste : « La recommandation n’est pas de ne pas parler de ces partis mais d’en parler de manière cadrée ».

Le cordon sanitaire est-il une particularité belge ?

Dans les pays occidentaux, il semble que le cordon médiatique soit une spécificité belge.

La Belgique semble également se distinguer du point de vue du cordon politique : il s’agit du seul état démocratique dans lequel une mesure aussi contraignante est appliquée. En Europe, le cas du front républicain peut malgré tout être mis en avant. Il s’agit d’un dispositif français dont le but est d’éviter l’accession au pouvoir du Front national grâce au rassemblement des partis de gauche et de droite. Cette tactique n’a cependant jamais été formalisée, elle est donc beaucoup plus instable que le cordon sanitaire.

Qu’ils disposent ou non de mesures similaires au cordon sanitaire, de nombreux pays d’Europe doivent aujourd’hui faire face à la montée de l’extrême droite :

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Photo : @ Capture d’écran sur Rtbf AUVIO , A votre avis du 4/12/2016

Sarra El Massaoudi et Natacha Fayt.

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