politique

Détenus : les grands oubliés des élections belges

À la prison de Saint-Gilles, une expo photo invite les passants à s’interroger sur les droits des prisonniers (Mathilde Lefèvre)
29-11-2018   Mathilde Lefèvre

Le vote est obligatoire en Belgique, mais pas pour les détenus. Très peu ont l’occasion d’exprimer leurs voix.

Leur seul moyen : le vote par procuration

Le 14 octobre dernier, les citoyens étaient appelés aux urnes pour les élections communales. Mais certains n’ont pas pu exercer leur droit de vote : les détenus. En prison, il n’y a pas de bureaux de vote donc les personnes incarcérées doivent demander une procuration pour mettre leurs bulletins dans l’urne.

Droit de vote
Infogram
Procédure de demande de procuration

Pour Cédric Tolley, co-fondateur de l’association de défense des droits des prisonniers Genepi Belgique, la procuration pose un problème majeur en prison : « Il faut une personne de confiance, mais les détenus n’en ont pas beaucoup. Et il n’y a aucune garantie que la personne vote bien pour le parti voulu. »

Lors de ses interventions en prison, il fait régulièrement le même constat : « très peu de détenus votent ». Car si le vote est bien obligatoire en Belgique, les détenus ont une « dérogation », conformément à l’article 207 du code électoral. Mais selon M. Tolley, « sous couvert de dérogation à une obligation, on empêche un droit de s’exercer », car elle permet de ne pas rendre obligatoire l’accès au vote.

Une campagne pour donner d’autres moyens de voter

Ce que voudrait le Genepi Belgique, c’est qu’il y ait des bureaux de vote en prison. Seul le Parti Socialiste s’est exprimé en faveur de cette mesure. On peut la trouver à la page 7 de la liste de ses propositions communales et provinciales. L’un des axes de la campagne du Genepi sera donc d’interpeller les partis politiques pour qu’ils s’engagent en faveur du droit de vote des prisonniers. L’association compte mettre en place des ateliers au sein des prisons pour s’assurer que les détenus connaissent leurs droits et pour les accompagner dans leurs démarches. Cédric Tolley explique que le Genepi veut aussi sensibiliser le public « à la problématique carcérale par le biais de la question du droit de vote dont les détenus sont privés ».

S’il est trop tard pour les communales, l’association espère que les détenus pourront librement voter aux élections fédérales.

Le Genepi Belgique a commencé à former ses membres sur la question du droit de vote des détenus dès le mois de mai.

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