DAK : quotidien alternatif et artistique au sein d’un squat

par Luca Bellucci, Ophélie Maillot, Charlotte Médot, Vianney Menu, Clément Tiberghien

DAK : quotidien alternatif et artistique au sein d’un squat

DAK : quotidien alternatif et artistique au sein d’un squat

Luca Bellucci, Ophélie Maillot, Charlotte Médot, Vianney Menu, Clément Tiberghien
Photos : Clément Tiberghien
11 mai 2017

Le squat dit légal est un phénomène répandu à Bruxelles. Cela peut s’expliquer par le nombre important de logements vides dans la capitale. Certaines personnes ont décidé d’utiliser cette opportunité d’habiter un logement, gratuitement ou pour un faible loyer,  pour le transformer en quelque chose de positif. C’est le cas de l’ASBL Domus Art Kunst (DAK), dont la philosophie est de promouvoir l’art avec une finalité sociale.

 

 

La DAK est l’acronyme de Domus Art Kunst, qui est un mélange de latin, de français et de néerlandais signifiant le foyer de l’art. Le mot dak signifie également le toit en néerlandais. Tout cela renvoie à l’art et à la dynamique des espaces.

La DAK a été créée en septembre 2016 par quatre amis : Maël, Lio, Dorian et Victor. Le but de la DAK est de promouvoir des jeunes artistes dans des locaux anciennement inoccupés. L’ASBL a signé une convention d’occupation temporaire avec une propriétaire de bâtiments situés entre la chaussée de Saint-Job et la rue Basse. Actuellement ils sont 15 «villageois», treize adultes et deux enfants à vivre en communauté dans ces bâtiments composés de cinq maisons au coeur d’Uccle.

Les membres de la DAK proposent des évènements organisés autours de deux axes: l’artistique et le social.Ils développent des activités allant de concerts à une épicerie solidaire. Ils mettent également à disposition un studio d’enregistrement et des ateliers pour donner aux artistes un lieu où s’exprimer. Le mot squat fait peur, pourtant il s’agit ici d’un projet construit et polyvalent. Un projet où l’entraide, le partage et la bonne humeur sont au rendez-vous. Immersion au sein de cette communauté dont le mode de vie alternatif nous dévoile une réalité bien loin des clichés habituels sur les squats.

 

 

Maël : un fondateur aux fourneaux

Crédits photo : Clément Tiberghien

Crédits photo : Clément Tiberghien

Maël Lyon porte un sweat bleu, un jean, des baskets usées et un bonnet duquel dépasse une mèche rousse. Dans la rue on le prendrait pour un étudiant, il ne correspond pas à l’idée qu’on se fait d’un squatteur. Pourtant Maël est l’un des quatre fondateurs de la DAK. Il considère cette ASBL comme une étape de sa vie. «On recherche tous une manière différente de vivre, là j’avais la possibilité de faire le pont entre mes études et ce mode de vie ». Il a d’abord intégré la Communa, une autre ASBL qui crée des squats légaux. « Au départ je ne m’intéressais pas à leur projet, j’y étais parce qu’un pote y habitait» dit-il honnêtement en croquant dans sa pomme. Mais en vivant là-bas, il se rend compte que c’est un vrai terrain d’observation et il aime observer. Il fait ses propres analyses sur le fonctionnement de Communa. Il commence à réfléchir à comment créer son propre projet, sa propre ASBL. Avec trois amis, Dorian, Victor et Lio, ils y réfléchissent pendant huit mois. En septembre 2016 la DAK est créée.

Un investissement personnel important

L’ASBL est devenu son occupation à plein temps, il vit par elle et pour elle. Il se compare à un jeune entrepreneur qui vient de lancer sa boîte. Sauf que sa boîte est à finalité sociale et non lucrative précise-t-il humblement. Pour se rémunérer, il lance entre autres le projet Up cooking avec Cyril, un des habitants de la DAK. Ils proposent chaque mardi un dîner à 4 services. Ils travaillent la présentation de l’assiette à la façon d’un restaurant gastronomique. « C’est aussi un challenge parce que contrairement aux restaurants qui commandent leur nourriture, nous on doit créer à partir des invendus ». Maël aime le challenge et la cuisine est l’une de ses passions. Il en parle avec plaisir, il est loin de la présenter comme un fardeau. Mais la cuisine n’est qu’une partie du travail. Il faut gérer l’ASBL au quotidien, récupérer les invendus, gérer l’épicerie solidaire, préparer les assemblées générales, entretenir les bâtiments, préparer les expositions et les concerts. Il fait la liste de ces tâches plus rapidement, plus mécaniquement, il montre que c’est beaucoup et que c’est prenant. Maël ne compte pas son temps mais c’est lui seul qui s’impose son rythme. D’ailleurs il a le ton calme de quelqu’un qui ne se surpasse pas. Il a conscience de la masse de choses à faire et il s’en réjouit presque. Il est satisfait de voir que le projet marche. Ses amis sont logés et trouvent un endroit où ils peuvent exprimer leur art. La plupart sont des artistes. Maël est aussi fier d’avoir trouver cette maison du 386, chaussée de Saint-Job.

L’occupation du lieu  

Maël et ses trois amis avaient besoin d’un bâtiment pour leur ASBL. Le lieu qu’ils occupent aujourd’hui regroupe 5 maisons qui appartiennent à la même propriétaire. La plupart était en bon état. Pour Maël c’est une occasion en or, il est fier de cette trouvaille et en parle en souriant. Maël explique qu’il y a trois façons de lancer un squat. Premièrement, il y a le squat sauvage. « Le cliché du punk à chien » ironise-t-il. Des personnes occupent un bâtiment vide mais ne font aucune démarche légale, un jour ils seront expulsés. La deuxième façon est de constater que le bâtiment est vide et ensuite négocier avec le propriétaire pour s’y faire domicilier. La troisième est de commencer à occuper le bâtiment de manière illégale. L’occupation sert à faire pression sur le propriétaire et à engager les négociations. Les propriétaires de biens inoccupés payent une taxe communale d’inoccupation et une amende régionale, ce qui est un élément clef dans les négociations. En occupant la maison Maël et ses amis épargnent à la propriétaire près de 40 000 € de dépenses à l’année. « Malgré tout, la négociation a été particulièrement difficile » déplore Maël. Les habitants doivent payer un loyer de 300€ par maison. Pour les habitués du squat, c’est une première.

Un parcours de vie atypique

« La vie, c’est pas spécialement finir l’école, faire ses études, trouver un boulot classique, avoir un appartement, un chat, des meubles Ikea et une bagnole » ironise Maël avec le sourire aux lèvres. Il parle de son parcours installé confortablement dans son fauteuil, sans se vanter, son trognon de pomme à la main. Pourtant il n’a que 25 ans et semble avoir fait beaucoup en peu de temps. Maël après l’école pense étudier le management et le marketing. Il s’accorde d’abord un voyage tout en travaillant à côté pour se financer. Il reste évasif sur son voyage mais insiste sur le fait qu’il en revient l’esprit ouvert. A son retour il entame des études de gestion de projet et de coopération internationale. Son idée est de travailler pour une ONG. Son diplôme en main, il décide de mettre de l’argent de côté pour partir faire un tour du monde. C’est à ce moment qu’il intègre la Communa, qui est une ASBL qui se charge de repérer les logements vides de Bruxelles et d’en trouver des nouveau occupants en formant des squats légaux.

Carte des logements vides de Bruxelles


Cette expérience lui fait changer d’avis. Il remet son projet de tour du monde à plus tard et à l’aide de ses trois amis crée la DAK. La mère de Maël a du se faire à l’idée de ce parcours atypique. « Elle a vite vu que ce serait un peu
freestyle, elle ne se réjouissait pas que je travaille et que je ne profite pas de mon diplôme » dit-il. Si les discussions avec ses parents ont été houleuses, il n’en laisse rien paraître. Il discute longuement avec ses parents et constate amusé que leur génération semble partager sa vision, la vie n’est pas une ligne droite. Il est heureux de pouvoir dire qu’il a su profiter des cartes qu’il avait en main pour créer son propre parcours.

Guillaume : le musicien organisateur

Crédits photo : Clément Tiberghien

Crédits photo : Clément Tiberghien

Guillaume De Neef est une jeune éducateur spécialisé de 25 ans. Il s’occupe de jeunes autistes et fait partie d’un service d’accompagnement dans les troubles graves du comportement sur demande des parents ou d’institutions de services. Il observe les comportements des jeunes pour trouver des stratégies éducatives adaptées pour améliorer leurs comportements au quotidien. Mais ce n’est pas sa seule particularité. Il vit au DAK village.

Son quotidien à la DAK

Cela fait un mois qu’il est arrivé mais fait partie de l’aventure depuis le début. Il a aidé les autres habitants pendant l’occupation et l’aménagement. «Avant la DAK, je connaissais pas les squats légaux … je trouve que c’est une super initiative ! Occuper des logements inhabités, leurs redonner une utilité. C’est donnant-donnant, on a un toit et le propriétaire paie moins de taxes» dit-il assis tranquillement sur un fauteuil du jardin. Il a ensuite voyagé en Espagne pendant 7 mois en gardant un œil sur l’avancement du projet. À son retour, il s’installe au DAK village. Il a décidé de s’investir à fond dans le projet et fait partie de la DAK gestion car il voulait une expérience sociale et professionnelle supplémentaire. « Il y a des avantages et des inconvénients aux squats légaux. Ce n’est pas de l’argent qu’il faut y investir, mais du temps».

La DAK gestion est une division de la DAK ASBL. Six habitants sur les 15 du DAK village en font partie. C’est le groupe qui est en charge de l’organisation événements dans leurs locaux, que ce soit des événements internes (Discovery Jam Channel, Upcooking, …) ou externes (artistes qui louent les locaux pour une exposition, ou un concert). Tous les habitants des lieux font partie du village mais pas nécessairement de la DAK gestion. C’est aux membres de décider s’ils souhaitent s’investir plus intensivement dans les activités de l’ASBL .

Pour Guillaume, le DAK village n’est pas sa première expérience de vie en communauté. Il a connu lors de ses études des collocations et fait la comparaison. «Pour moi, c’est comme une grosse colocation ! Mais ça demande plus de temps … c’est une ASBL, donc il faut se réunir une fois par semaine, il faut participer à l’épicerie, …». Pour lui, l’aspect social est très important. La vie au DAK village lui permet de faire beaucoup de rencontres via les soirées organisées par les membres de la DAK Gestion ou via l’épicerie solidaire. «C’est aussi ça, la DAK. C’est un lieu de rencontres. On y trouve beaucoup de profils différents, des étudiants qui ont des difficultés financières en fin de mois, des retraités préoccupés par la surconsommation, … La DAK, c’est une démarche ouverte et altruiste, on est ouverts à tous».

Un éducateur et un musicien

À côté de ça, la grande passion de Guillaume c’est la musique. Cela fait partie de lui depuis son enfance. «J’ai été membre d’une chorale pendant 8 ans, après ça j’ai fait du solfège. La musique, c’est un moyen d’expression poétique et puissant». Voilà 4 ans qu’il fait du ukulélé. Selon lui, «c’est un super accompagnateur de voix». Il a pu approfondir cette passion lors de son voyage en Espagne, «mais j’avoue que depuis mon retour ici je n’ai plus vraiment le temps». La DAK lui permet quand même de promouvoir son art, notamment avec la Discovery Jam Channel. « La DJC c’est une soirée organisée par la DAK Gestion tous les premiers vendredis du mois. On propose deux concerts avec deux expos en parallèle comme un vernissage ouvert à tous. Il y a aussi un buffet à prix ouverts avec de la nourriture de récupération. J’ai joué pour à la deuxième soirée après mon arrivée, c’était une super expérience, j’en suis très satisfait ! Il y a de plus en plus de gens, ça fait bouger le village et certains voisins sont contents. ça redynamise le quartier». En plus de ça, il a aménagé un studio au DAK village avec un ami ingénieur son. «Ce studio, c’est une source en plus de revenus pour l’ASBL. On le loue à des artistes indépendants, ça me permet aussi de pouvoir venir quand j’ai envie, de jouer et d’enregistrer».

Alex : l’histoire d’une “cellule” qui casse les codes

Crédits photo : Alexandre de Henau

Crédits photo : Clément Tiberghien

Avec son bonnet en laine rouge qui laisse apparaître quelques mèches désinvoltes et des taches de peinture plein les vêtements, Alexandre de Henau, alias Diko, donne le ton. Cet artiste-peintre est l’une des facettes de la DAK. Au sein de ce véritable melting-pot artistique, les « villageois » abordent l’art de bien des manières. Alex participe au projet depuis ses débuts, en août 2016, et pour lui il est hors de question de revenir en arrière. « Ce mode de vie en communauté nous pousse à prendre conscience d’un tas de choses. C’est une évolution inévitable. On ne peut pas vivre indéfiniment comme on le fait aujourd’hui».

En vivant au sein de la DAK, il dit avoir ouvert les yeux sur le monde qui l’entoure et ses habitudes. L’artiste déplore le gâchis alimentaire, la surconsommation, le manque d’ouverture aux autres propres à notre monde. « Je n’étais pas écolo lorsque j’étais plus jeune, mais mon point de vue a changé avec la vie en communauté. Je vois à quel point c’est facile de vivre avec pas grand-chose. Personne n’est riche ici mais on a tout ce qu’il nous faut. C’est la cohésion au sein du village qui nous permet de vivre ainsi. Il faut écouter, faire des compromis et communiquer. Surtout, ne pas hésiter à parler lorsque c’est nécessaire. On doit montrer qu’on existe ».

 

Des choix et de la chance

L’artiste de 24 ans ne s’imaginait pas vivre ce quotidien, mais aujourd’hui il ne reviendrait pas en arrière. Son identité d’artiste, il l’a façonnée à partir de rencontres de jeunesse. « Je suis entré dans le milieu du graffiti un peu par hasard. Un jour, je me suis trouvé au bon endroit au bon moment, ou peut-être au mauvais endroit au mauvais moment. Qui sait ? » Il se consacre aux graffitis depuis près de huit ans. Son expérience d’artiste lui a permis de préciser son coup de pinceau et de créer sa « cellule », sa signature. Il est désormais loin de l’époque des œuvres illégales dessinées sur les voies ferrées qui lui procuraient un « bon stress ». Alex préfère prendre son temps et se sent davantage artiste que graffeur. Il est sensible au jeu des couleurs et des compositions. Il ne se limite pas à un seul support, surtout pas au format rectangle. Il aime investir des objets du quotidien. Par exemple, il a déjà peint un ordinateur, des planches de skateboard, des vélos et dernièrement un frigo.

Sa copine, Alix, qui vit aussi à la DAK, ne manque pas de souligner une de ses œuvres les plus remarquables. « Il a peint entièrement une voiture d’une amie. Dans la rue, les gens l’arrêtent pour lui demander qui a réalisé l’oeuvre». Pour accéder à cette reconnaissance, Alex perçoit l’art d’abord comme une passion. « Je ne me mets pas la pression, je peins lorsque j’en ai envie. Des fois, il se passe des semaines sans que je touche une toile ». Mais il essaie tout de même de garder une certaine rigueur. Il s’astreint à au moins cinq minutes de dessin chaque soir dans son atelier.

 

« Je suis un passe-partout »

Alex ne cache pas son mode de vie atypique à son entourage, mais il garde une part de discrétion. « Mes amis connaissent mon mode de vie mais je n’en parle que si on me le demande. Je suis épanoui comme ça et mon entourage le remarque ». Sa famille le soutient tout autant. Il parle avec plaisir de sa soeur et de son frère qu’il dit toujours là pour lui, de son père qui le soutient « à 200 % » et de sa mère qui reste en accord avec ses projets. Mais avec son emploi du temps chargé, il a du mal à leur consacrer beaucoup de son temps. Cet emploi du temps chargé, il le doit tout d’abord à sa passion pour l’art. Car même s’il ne peint pas directement pour la DAK, c’est elle qui lui en offre l’opportunité : la Maison des arts lui met à disposition son propre atelier. À côté de la peinture et du dessin, sa place au sein de la DAK occupe aussi une grande partie de son temps. Du statut de « villageois », il est passé à celui de « gestionnaire », ce qui lui permet d’assister à certaines réunions. Il coopère avec d’autres collectifs artistiques et de graffitis issus de Bruxelles, tels que Chalkcustomboard ou Propaganza. Cette collaboration lui permet de partir en voyage avec certains membres, de participer à des expositions et même de se faire fournir du matériel.

Malgré cette empreinte artistique, Alex refuse de porter une étiquette. « Je ne veux pas être catalogué. Je n’appartiens pas à un type de personne. Je suis un artiste mais je ne suis pas qu’un artiste alternatif. Je pense que je suis un passe-partout ». Le jeune ajoute, un peu utopiste, qu’il aime le monde et les gens qui le composent. Sa philosophie, on la retrouve dans ces œuvres. Il dessine tout d’abord pour le plaisir, sans forcément soutenir de cause particulière. Ce qu’il faut retenir d’Alex, c’est finalement cette polyvalence, ce mot qu’il déteste tant mais qu’il adore employer. « C’est la synergie entre les capacités de différentes personnes qui importe. Tout est une histoire de rencontres et de comment on utilise ces rencontres ». Mais pour l’artiste, le principal c’est aussi de « bien rigoler »

Un programme varié qui trouve son public

Crédits photo : Clément Tiberghien

Le lieu depuis la rue apparaît par une façade vitrée avec le logo de la DAK. Le bâtiment semble être plus qu’une habitation privée, mais on distingue mal ce qui se cache à l’intérieur. Derrière la porte principale se tient la salle polyvalente. Une petite scène est placée sur la droite pour accueillir des concerts ou des sessions d’improvisation certains soirs. En journée, elle est seulement recouverte de différentes guitares et ukulélés. Le mardi 9 mai, le sol de la salle était recouvert de terre, quelques faux arbres en émergeaient. Au plafond étaient suspendues de nombreuses branches, le tout donnait l’impression d’entrer dans une forêt. « La salle polyvalente est louée aux artistes qui souhaitent exposer des œuvres pour un prix démocratique », explique Laura qui en a profité ce 9 mai. Son exposition ouvrait à partir de 21h. L’atmosphère du village DAK ce mardi soir était presque onirique. La lumière était assurée par des néons verts, jaunes et roses. À cette ambiance lumineuse venait se greffer un fond sonore musical atypique. Des instruments à cordes étaient disposés partout dans le reste du bâtiment. « Le but est que chacun se sente libre de jouer, peu importe qu’il soit musicien », insiste Laura en souriant. Les quelques personnes venues pour l’occasion profitent des bières vendues pour quelques euros au bar de la salle polyvalente. Chacun s’installe en tailleur à l’intérieur ou dans le jardin où se trouvent plusieurs canapés. L’ambiance est détendue et chacun semble se connaître.

La DAK au quotidien

La salle polyvalente donne sur une autre pièce où trônent un canapé et deux fauteuils. Une fenêtre donne sur le jardin, sur son rebord sont posés quelques livres dont  Le Petit Prince  illustré par Joann Sfar. Au fond de cette pièce vient d’être construit un studio d’enregistrement isolé avec les moyens du bord. Certains jours, il est occupé par un ingénieur du son qui propose ses services à petit prix pour les musiciens débutants. «On a créé ce studio avec un ami à partir de matériaux de récupération» confie Corentin, l’ingénieur son. Au centre de ce « village » se trouve le jardin commun. Un couloir en plein air, rendu étroit par deux canapés collés à la façade, permet d’y accéder. Au milieu du jardin se trouve une terrasse faite à partir de palettes sur laquelle sont disposés deux canapés, une table basse et ce qui a été un piano. Le tout est recouvert d’un toit improvisé avec quelques plaques de plexiglas. À même la terre se trouvent quelques chaises de jardin, une table occupée par un cendrier rempli et une table de ping-pong. Là encore, quelques notes de musiques retentissent. Un des habitants est installé confortablement dans le canapé et joue de la guitare. À cette mélodie vient s’ajouter le caquètement des cinq poules du « village ». Deux autres terrasses viennent se greffer au jardin commun, l’une d’elles appartient entre autres à Cyril et Maël. C’est dans leur cuisine qu’ils préparent chaque mardi soir un repas dans le cadre du projet Up cooking.

À la cuisine des invendus

Dans ce coin de la cour, on découvre cette petite cuisine de fortune. Encastrée entre une terrasse abritant quelques transats et l’entrée d’une des cinq maisons, elle renferme fourneaux, plan de travail et ustensiles en tout genre. Maël et Cyril ont lancé ensemble le projet Up cooking. Un projet né un peu par hasard. Autour d’un verre, chez eux, les deux amis commencent à se faire à manger. C’est à ce moment qu’ils se disent qu’en fait « c’est bien la bouffe », comme nous dit Cyril. Dans la cuisine, un menu est esquissé sur le réfrigérateur avec un air de guitare sèche en fond. « On a instauré un petit jeu avec les clients de Up cooking. On ne sait jamais ce qu’on va cuisiner à l’avance. C’est au moment de la dégustation qu’ils découvrent le repas et essaient de deviner ce qu’ils ont dans l’assiette ». Les repas sont prévus pour huit personnes tous les mardis sur réservation. Les deux cuisiniers sont déjà victimes de leur succès, les soirées sont complètes jusqu’à fin mai. Ils ne comptent pas s’arrêter là et attendent l’ouverture d’une cuisine équipée à Flagey. Non loin de cette cuisine, le village ouvre une dernière salle au public, son épicerie solidaire.

Les invendus à disposition du grand nombre.

L’épicerie ouvre tous les lundis à partir de 17h. Elle se situe au fond du jardin en face du poulailler. Dès 16h30, les clients font la queue dans la salle polyvalente en attendant que l’épicerie ouvre. Tous les membres du DAK village sont responsables de cette épicerie. Ils doivent en faire la permanence à tour de rôle. Les produits de l’épicerie sont uniquement des invendus récupérés auprès des magasins partenaires. Là encore, les membres du DAK village doivent chacun s’occuper de la récupération des produits. Ce système permet de vendre les denrées alimentaires à prix libre. Valentin, un des clients: « nous sommes trois colocataires et on se relaie pour venir ici chaque lundi. Cela nous permet d’avoir des aliments de qualité à petit prix. Et c’est cool de se dire que l’argent donné fait fonctionner un projet social ». Marie est aussi une cliente régulière de l’épicerie. Elle est pensionnée et emploie son temps à militer pour l’écologie. « L’épicerie est l’occasion de créer un lien social. Tout le monde se connaît comme dans un village » se réjouit-elle. Elle adhère totalement au projet qui permet de lutter contre le gâchis alimentaire. L’épicerie marche bien, peut-être trop bien, les derniers clients se retrouvent sans beaucoup de choix.

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