Les réfugiés syriens à Bruxelles, le long chemin de l’intégration

par Claire Carosone, Ysabelle Vansassenbrouck, Halima Moane et Aline Bué

Les réfugiés syriens à Bruxelles, le long chemin de l’intégration

Les réfugiés syriens à Bruxelles, le long chemin de l’intégration

Claire Carosone, Ysabelle Vansassenbrouck, Halima Moane et Aline Bué
Photos : Ysabelle Vansassenbrouck
27 avril 2017

Ils ont fui la guerre et sont partis sur les routes de l’exil. Ils ont affronté un périple dangereux et enduré des conditions de vie désastreuses.
Aujourd’hui, ils font partie des « chanceux » qui ont obtenu le statut de réfugié en Belgique.
Mais le combat est loin d’être fini pour ces exilés qui ont dû tout abandonner derrière eux. Après la route de l’exil, c’est le long chemin de l’intégration qu’ils doivent affronter.
Pour se reconstruire et, enfin, pouvoir reprendre leur vie.

 

 

Première étape: la demande d'asile

Les centres d’accueil, Jehan Alkhalaf les connaît bien. Après un bref passage au parc Maximilien, cette mère de famille syrienne est restée à peu près huit mois dans un centre d’accueil, le temps de la procédure de demande d’asile. Si elle est reconnaissante aujourd’hui à l’égard de ces structures qui lui ont évité d’être à la rue, cela n’a pas été facile à vivre au quotidien.

« Il faut savoir que nous avions un niveau de vie relativement aisé en Syrie. Nous avions une maison, un bon salaire, des domestiques… Se retrouver du jour en lendemain à vivre en promiscuité totale avec des étrangers, c’est un choc terrible. Toute votre vie est confinée dans quelques valises. Vous avez peur qu’on vous vole, peur qu’on vous touche. Vous êtes tellement vulnérable que vous êtes tout le temps sur la défensive. Du coup, le rapport avec les autres est tendu. Chacun est venu avec une lourde histoire derrière lui, avec des traumatismes. En plus de cela, nous venons tous d’horizons différents. Donc forcément, nous n’avons pas le même langage corporel, la même culture, la même façon d’organiser nos journées,… Cela ne facilite pas les choses ».

De plus, les autorités instaureraient une certaine concurrence entre les nationalités en donnant priorité à certaines ethnies plutôt qu’à d’autres. « Alors oui bien sûr, ils ont leurs raisons, c’est fondé sur des arguments géopolitiques, en fonction de l’ampleur de l’instabilité politique du pays etc… Mais il n’empêche que cela accentue les tensions entre nous, et cela crée des clans ».

Au cours de l’année 2015, 7 554 syriens ont demandé l’asile en Belgique. Parmi eux, environ 2 440 ont été reconnus comme réfugiés et 283 ont reçu un statut de protection subsidiaire. Les demandes d’asile des syriens sont acceptées plus facilement que les autres parce que le conflit en Syrie est reconnu. La guerre civile, commencée en 2011, est aujourd’hui une guerre totale et leur pays est en ruine.

La Belgique est tenue par la Convention de Genève (1951) d’accueillir les étrangers en dangers définis ainsi « qui, craignant avec raison d’être persécutés du fait de leur race, de leur religion, de leur nationalité, de leur appartenance à un certain groupe social ou de leurs opinions politiques, se trouvent hors du pays dont ils ont la nationalité et qui ne peuvent ou, du fait de cette crainte, ne veulent se réclamer de la protection de ce pays ».

La Belgique dispose de 25 000 places en centre d’accueil.  Le plus grand centre d’accueil se trouve à Bruxelles : le Petit-Château.

Un petit-château comme plus grand centre d’accueil.

844 personnes peuvent y être accueillies. Les demandeurs d’asile y sont logés et nourris. On leur procure une sorte d’argent de poche (une allocation journalière) et les besoins matériels de base tels que les habits. Ils peuvent participer à des activités, ont accès à l’interprétariat et à des formations. Le centre met aussi a disposition un accompagnement social, une aide médicale, et juridique.

Sandrine Peron, future assistante social, vient de terminer un stage de six mois en animation social-culturelle au petit château:« J’ai principalement de bons souvenirs. […] C’est beaucoup de personnes motivées avec l’envie de s’en sortir : beaucoup de blagues, de rires, de discussions. J’ai pu être étonnée par le peu de débordements qu’il y a eu malgré leur vie en collectivité ». Elle organisait des animations pour les femmes, hommes et enfants tels que du théâtre, de la poésie, du tricot ou des sessions d’informations. Elle était aussi à leur écoute et pouvait les orienter en cas de besoin vers les services internes ou externes au centre.

 

Crédit photos diaporama: Sandrine Peron

 

Sandrine a aussi assisté aux moments difficiles: les refus des demandes d’asile, les annonces de mauvaises nouvelles dans leur pays d’origine et de décès des membres de leur famille. Elle y a vu la dépression et la démobilisation.

Bien que la reconnaissance en tant que réfugiés se fait souvent attendre, les départs peuvent aussi être très émouvants pour ceux qui sont là depuis un ou deux ans. « C’est parfois très difficile pour eux car ils ont tissé des liens, pris des habitudes dans le centre » explique Sandrine. Ces « réfugiés reconnus » doivent ensuite trouver un logement.

Trouver un toit

Une fois la carte de séjour en poche, le long chemin sinueux et semé d’embûches qu’est la recherche d’un logement commence…

C’est donc avec l’aide d’une jeune bénévole américaine rencontrée au parc Maximilien que Jehan parcours la ville de Bruxelles à la recherche d’un studio à louer. Et cela durant quatre mois. Sans résultat. Et pour cause : son statut et ses origines rebutaient les propriétaires. « Personne ne voulait d’une femme seule qui vient de Syrie, et qui en plus, n’a pas de revenu. »

En effet, Jehan n’avait aucun revenu à ce moment là et faisait face à des paradoxes administratifs de taille. Elle ne pouvait travailler qu’à condition d’avoir le permis de travail délivré par les autorités belges. Mais ce permis n’est délivré qu’à condition d’avoir un logement. Mais sans travail, elle n’avait pas d’argent. Et sans argent, elle ne pouvait pas payer de loyer. Sa dernière alternative était donc le CPAS, qui ne pouvait introduire son dossier que si elle était inscrite dans une commune. Et c’est évidemment suite à la signature d’un bail, qu’elle pouvait entamer une procédure d’inscription dans une commune bruxelloise. En plus de ces obstacles administratifs s’ajoute un obstacle encore plus problématique : aucun propriétaire n’acceptait de signer un bail avec une personne sans revenu. « En fait, Bailey, mon amie américaine, s’est renseignée pour moi, parce que je n’étais au courant de rien à propos des procédures ici. Apparemment, le CPAS s’engageait à payer la garantie locative, sous forme de dette que je rembourserais mensuellement, ainsi que le premier loyer. Le problème est que les propriétaires étaient sceptiques et préféraient éviter ce genre de cas risqué pour eux. Certaines personnes que nous avons eues au téléphone, refusaient toute rencontre dès lors qu’ils ont compris que j’allais dépendre du CPAS et que je n’étais donc pas solvable. Ensuite, il y a ceux qui acceptaient d’aller plus loin, jusqu’à ce qu’ils me rencontrent ».

Les visites d’appartements étaient souvent un calvaire pour Jehan. En plus de ne parler que l’arabe, elle porte le voile. Donc, elle démarrait avec un double handicap. « J’étais regardée de haut en bas constamment, j’étais traitée avec mépris. ». Les propriétaires communiquaient peu avec elle, « comme s’ils avaient déjà pris leur décision ». D’ailleurs, une visite a particulièrement marqué Jehan. « C’était dans la commune d’Anderlecht. A peine nous avons passé le pas de la porte, j’ai su que c’était perdu. Je l’ai vu dans les yeux du propriétaire. Et même durant la visite il n’était pas du tout emballé. Le bénévole qui m’accompagnait me trouvait défaitiste, il lui a donc parlé longuement en lui disant que la situation était critique pour moi et il s’est porté personnellement garant. Il ne nous a jamais rappelé. »

Quelques semaines plus tard, la chance a toutefois fini par sourire à Jehan. Bailey, son amie américaine, a réussi à lui trouver un petit studio dans le centre de Bruxelles. C’est par le biais d’une église évangélique que Bailey a pu prendre contact avec Sherry, une ressortissante britannique. Jehan s’est donc installée dans un petit studio. Mais là encore, les problèmes ne l’ont pas épargnée: «  Je me sentais tellement reconnaissante vis-à-vis de Sherry, que j’étais prête à tout pour la satisfaire. Je gardais son chat quand elle partait le week-end alors que j’ai une peur bleue des félins, je lui préparais à manger quand elle était malade, je lui proposais de l’aider dans ses tâches ménagères. Mais elle n’était jamais contente. Pire, elle me suspectait toujours d’être malhonnête. » La bénévole qui était l’intermédiaire linguistique entre Jehan et sa propriétaire, nous a confié que Sherry la bombardait de messages : «  Elle était toujours sur mon dos, à se plaindre de bruits bizarres, d’odeurs bizarres. Elle me disait que Jehan parlait trop fort, qu’elle rentrait trop tard. Quand Jehan allait rendre visite à sa sœur dans la province du Hainaut, et y restait pour la nuit, Sherry m’appelait catastrophée en me sommant de lui dire où elle est. Je suis sincèrement convaincue qu’elle avait peur d’elle, du fait son origine et de sa religion. J’ai d’ailleurs appris plus tard, qu’elle ne savait pas que Jehan était syrienne et musulmane quand elle a accepté de lui louer son studio. »

Au lendemain des attentats du 22 mars 2016, Sherry aurait contactée la traductrice pour lui demander des nouvelles de Jehan, inquiète de ne pas la voir rentrer. « J’étais étonnée qu’elle s’en soucie, je l’ai donc remerciée avant de lui dire que Jehan était en Allemagne, chez sa mère. Mon sourire niais s’est vite évanoui quand j’ai vu la suite de son message : elle me disait qu’elle espérait surtout que Jehan ne fasse pas partie des kamikazes. » C’est à ce moment précis que Jehan décide de quitter l’appartement. « Trop c’est trop. Déjà que j’étais épuisée psychologiquement, elle m’a achevée. Je n’avais pas une seconde de répit. Au risque de tout perdre, j’ai décidé de déménager ». Malheureusement, Jehan n’aura pas de seconde chance à Bruxelles. Après une nouvelle recherche active de plusieurs semaines, elle s’installera finalement à Ninove, dans la région flamande. Prochain défi pour Jehan: apprendre le néerlandais.

Reprendre une formation pour mieux s'intégrer

S’insérer dans une société dont on ne connaît pas la langue et qui, souvent, ne reconnaît pas les diplômes étrangers, est très compliqué.

Pour beaucoup, ce nouveau départ passe donc aussi par un retour à l’école.

Pour trouver durablement sa place à Bruxelles, parler français ou néerlandais est essentiel. La formation à une des langues du pays est d’ailleurs une obligation (imposée par l’Agence fédérale pour l’accueil des demandeurs d’asile) une fois le statut de réfugié (ou la protection subsidiaire) obtenu.

De nombreuses associations proposent des cours de langues gratuits ou à moindre coût. C’est le cas de l’asbl CIRé (Coordination et initiatives pour réfugiés et apatrides), qui propose, parmi ses nombreux services, une école de français.

Aujourd’hui, le professeur Bozidar Rerecic, fait un cours sur le verbe pouvoir :

« -Aminata, qu’est-ce que je peux faire ? -Je peux… écrire… Je peux… téléphoner – Ici, tu peux téléphoner ? RIRES –Non, pas en cours –Donc, en cours, je ne peux… -En cours, je ne peux… téléphoner ».

Les phrases sont hésitantes, les accords approximatifs et la prononciation compliquée, mais Aminata parvient à se faire comprendre dans une langue dont elle ne connaissait rien il y a à peine deux mois.

A ses côtés, une dizaine d’autres élèves, de tous les âges, prennent des notes, dans une ambiance studieuse mais bon enfant.

Certains prennent des cours de français depuis six mois, d’autres depuis quelques semaines. Tous pour une formation d’un an. « Une participation de 10 euros est demandée à l’inscription, pour un an de cours, à raison de deux ou quatre demi-journées par semaine », explique Sylvie de Terschueren, chargée des questions d’intégration au CIRé. « C’est surtout une somme symbolique, pour marquer l’engagement des participants ».

« L’apprentissage de la langue française est une de nos priorités au CIRé. Parler la langue est extrêmement important pour toutes les démarches administratives auxquelles les réfugiés font face. Mais c’est aussi le départ de tout le processus d’intégration. Sans ça, impossible de trouver un travail ou de développer un réseau de connaissances ».

Plus que l’apprentissage de la langue, les cours sont aussi l’occasion de découvrir Bruxelles. « La semaine prochaine, on va aller visiter les serres de Laeken. A l’occasion on a fait un cours sur les fleurs et les arbres » explique le professeur Rerecic. Une connaissance de la ville qui sera, elle aussi, essentielle.

Arrivé en Belgique il y a deux ans, Naqibullah ne savait presque rien de la langue : « Je savais dire : Monsieur, Madame, Bonjour », s’amuse-t-il. Aujourd’hui, après 6 mois de cours, il est capable de comprendre des conversations simples et de s’exprimer sur de nombreux sujets du quotidien. « Dès que je parlerai assez bien français, j’espère trouver un travail rapidement ».

Si pour Naqibullah l’apprentissage s’arrêtera à la langue, nombreux sont ceux qui souhaiteraient poursuivre des études plus longues.

 

Selon une étude menée par la Vrije Universiteit Brussel (VUB) en 2016, sur 35 000 demandeurs d’asile, 23% étaient étudiants avant de fuir leurs pays, dont 11% étaient à l’université.

En réaction à ce constat, la VUB a été la première université de Belgique à mettre en place un programme pour permettre à ceux qui obtiendraient le statut de réfugié de reprendre des études : le « Welcome Student-refugees Program ».

« Ces gens sont hautement qualifiés et veulent travailler mais leurs diplômes et certificats sont rarement reconnus en Belgique. C’est un gâchis pour tout le monde : pour eux mais aussi pour la société belge ». Mohammad Salman est chercheur en Science politiques à la VUB et directeur du projet. « Récolter des couvertures et de la nourriture est essentiel. Mais, en tant qu’institut d’éducation, c’était notre devoir et notre rôle de faire quelque chose pour les études ».

Le travail de Mohammad consiste à rencontrer les personnes qui veulent intégrer la VUB et évaluer, avec eux, quel serait le meilleur parcours possible en fonction de leurs études précédentes et de leur projet professionnel. « Notre aide s’adresse à tous les réfugiés, mais la majeure partie de nos candidats sont Syriens » (70%).

« En Février 2016, j’avais déjà reçu plus de 800 candidatures. Et sinon je vais moi-même poster des messages sur Facebook pour faire connaître le plus possible le projet. Je les poste sur des groupes d’entraide entre réfugiés, pour qu’ils en parlent ensuite entre eux » explique le chercheur belgo-syrien.

170 étudiants suivent actuellement des cours grâce à ce programme à la VUB. Pour Mohammad, c’est une chance à la fois pour les réfugiés et pour l’économie locale :

« La langue et l’éducation sont les meilleurs moyens pour s’intégrer dans une nouvelle culture. Si ces personnes obtiennent un diplôme de ce pays, ils auront beaucoup plus de chances de trouver un travail. Et s’ils trouvent un travail, ils paieront des impôts et contribueront activement à la société. »

En quête d'autonomie

Trouver un travail c’est assurer une source de revenus régulière, c’est retrouver son autonomie. C’est aussi participer activement et positivement à la société.

C’est, pour beaucoup, le meilleur moyen de s’intégrer.

Mais là encore, les démarches sont compliquées et les refus nombreux.

Najib Mazloum est journaliste. A Damas, il travaillait pour des grandes chaînes de télévisions et réalisait des photoreportages pour des magazines. Quand la situation est devenue trop compliquée, il a fuit au Liban, puis en Egypte, où il a pu continuer à exercer son métier pendant deux ans. Mais l’Egypte, à son tour, est devenue inhospitalière, et Najib a dû poursuivre son chemin. Cela fait désormais deux ans qu’il a trouvé refuge en Belgique.

« Je suis d’abord allé à Anvers où j’ai pris des cours de néerlandais. Une fois la langue maîtrisée, je suis allé voir tous les médias néerlandophones possible pour leur proposer mes compétences. Mais aucun n’avait de travail pour moi. Alors maintenant, je suis ici à Bruxelles, et j’apprends le français, tout seul, grâce à internet. » Si le syrien parle parfaitement anglais, il insiste pour répondre en français : « Je dois m’entraîner le plus possible », plaisante-t-il. Sur sa cheminée, une pile de livres en français. « En ce moment je lis Amélie Nothomb, j’aime beaucoup. Et sinon je regarde beaucoup de films en français. »

Une fois sa maîtrise de la langue assez bonne, Najib espère ainsi trouver du travail dans un média francophone.

 

« C’est difficile pour moi de retrouver du travail ici. Je veux continuer à faire mon métier, à être journaliste. Mais ici, les métiers comme dentiste ou journaliste, c’est pour les belges. Toi, si tu veux du travail, tu dois faire des trucs qui n’ont aucun rapport avec tes qualifications. A chaque fois j’énumère mes compétences : photojournaliste, caméraman, tous les logiciels photos et de montage que je maîtrise… pour tout ça il n’y a pas besoin d’une langue parfaite. Mais jusque là, aucun média n’a bien voulu m’engager ».

En attendant, pour subvenir à ses besoins, le journaliste écrit des petits papiers à la demande pour des chaînes arabes.

Les associations qui aident à l’insertion professionnelle à Bruxelles mettent en place des cellules d’aides à l’insertion professionnelle. L’asbl Convivial propose aux réfugiés installés et en ordre avec leurs démarches administratives « une réflexion sur leurs expériences acquises dans le pays d’origine, pour ensuite les aider à se projeter dans une formation, un emploi à la fois ambitieux et réaliste ».

CIRé, de son côté, propose des plans d’embauche ACS (Agent Contractuel Subventionné) : il s’agit de postes administratifs débloqués dans des associations.

Mais force est de constater que ces solutions manquent d’efficacité et ne répondent pas toujours aux besoins des réfugiés. Si Najib se voit proposer des travaux qui n’ont aucun rapport avec le journalisme, Bassel Abou Fakher, violoncelliste syrien arrivé à Bruxelles en septembre 2015, a, lui, trouvé un job de barman… de lui-même.

Un piercing à l’oreille et le sourire aux lèvres, le jeune musicien porte un regard cynique sur l’aide des associations. « C’est beaucoup de blabla mais au final, on doit tout faire tout seul. Soit ils ne font rien soit ils font de la merde ». Bassel travaille en tant que barman dans le quartier de Sainte Catherine, même si sa passion première est le violoncelle. « J’ai essayé de vivre de ma musique, mais c’était impossible. Aujourd’hui, le travail au bar ne me laisse plus beaucoup de temps pour la musique, mais il m’assure un revenu régulier ».

Bassel a étudié au Conservatoire de musique de Damas pendant 8 ans avant de développer son propre projet musical : Qotob Project. « Qotob veut dire axe, pivot en arabe. Mon but était de créer une plateforme pour permettre à différents musiciens de se rencontrer, les faire collaborer. J’ai ramené ce projet avec moi en Belgique et je continue à le développer avec deux amis bruxellois ».

Un processus à double sens

Malgré tous les efforts que font les réfugiés, l’intégration ne peut fonctionner qu’avec une certaine ouverture de la société. Si de nombreux belges se mobilisent pour l’accueil, notre société reste largement indifférente.

Najib le journaliste, malgré les nombreux refus qu’il a essuyé auprès des médias, ne pense pas avoir subit de discriminations. « Je ne dirai pas que les Belges ne sont pas accueillants. Mais pas non plus super heureux de nous avoir ici. Ils sont surtout méfiants je pense. En fait, on se retrouve vraiment seul. On doit tout faire soi-même sans attendre que quelqu’un nous tende la main. Après, moi je suis athée, du coup j’ai pas eu de problèmes avec les préjugés du genre : tu viens du Moyen-Orient, donc Islam, donc dangereux », plaisante-t-il.

Avec un logement, un travail, et déjà plusieurs années passées à Bruxelles, Bassel le violoncelliste n’aime pas le terme de réfugié. Il se considère comme parfaitement intégré et est un bruxellois comme un autre. « En tant que barman et en tant que musicien j’ai pu rencontrer beaucoup de gens. Et même quand je me promène avec mon chien, les gens viennent me voir » s’amuse-t-il. « Je me sens vraiment bien à Bruxelles. C’est une ville où les gens sont ouverts et où tu peux être qui tu veux être, on ne te force pas à rentrer dans des cases. Quand je suis arrivé, j’ai eu la chance d’être directement accueilli par une famille belge qui est devenue comme une seconde famille pour moi ».

Aujourd’hui, en parallèle de son travail de barman, il continue à faire des concerts avec deux amis belges musiciens.

Son histoire illustre bien le fait que l’insertion est un processus à double-sens. Si le jeune homme s’est battu pour être intégré, il a aussi fait de belles rencontres qui ont aidé son parcours.

« L’intégration est un processus au long court et multidimensionnel. Parler français et avoir un travail n’est pas suffisant pour être intégré. Et c’est un processus à double sens : tout ne repose pas que sur la bonne volonté des réfugiés mais aussi sur l’accueil que va leur réserver la société dans laquelle ils veulent s’insérer », explique Sylvie de Terschueren de l’asbl CIRé.

Si l’asbl CIRé propose des services aux réfugiés, elle développe aussi des campagnes de sensibilisation à l’égard des belges contre les préjugés. « Même les réfugiés les plus qualifiés, qui ont suivi des cours de langue, voire ont suivi un cursus estudiantin en Belgique, subissent des discriminations au logement et à l’emploi. C’est pourquoi il est essentiel de combattre cette perception négative des étrangers que peut avoir la société ».

« Sans implication des citoyens belges, il ne peut pas y avoir d’intégration durable ».

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