Les Serres de Laeken : un paradis de vert

par Textes : Pierre Chabert ; Jalil Chaouite; Benjamin Cohen ; Thibaut Di Zinno

Les Serres de Laeken : un paradis de vert

Les Serres de Laeken : un paradis de vert

Textes : Pierre Chabert ; Jalil Chaouite; Benjamin Cohen ; Thibaut Di Zinno
Photos : Jalil Chaouite . Photos d'époque : Photos Archives Palais Royal
24 avril 2017

Elles n’ouvrent que trois semaines par an au public. Les Serres royales de Laeken regorgent de plantes exotiques ramenées de ses voyages par le Roi Leopold II et de statues modelées par la Reine Elizabeth. Plongée au coeur des allées verdoyantes.

Des bancs de l'école au domaine royal

Si les gens viennent à Laeken, c’est surtout pour admirer les jardins, les fleurs, les arbres, etc. entretenus à la perfection. Cela, on le doit aux dizaines de jardiniers qui travaillent, sans relâche, chaque jour de l’année. Rencontre avec l’un d’entre eux, qui a préféré rester dans l’ombre, dans l’anonymat, à l’instar de son métier. Nous l’appellerons Fabien.

 

Domaine historique mais technologie moderne. Aujourd’hui, les tracteurs assistent les hommes dans leur métier.

Si les serres sont en si bon état, c’est entre autres grâce à lui. Toute l’année, Fabien taille, élague, fait des boutures. Il exerce son savoir faire depuis des années sous les verrieres et des les allées du complexe, parmi les oranger, les lauriers et autres fleurs exotiques en provenance des quatre coins du monde. « J’ai eu la chance de rentrer ici, aux Serres Royales. En sortant de l’école, un ami qui travaillait ici m’a dit qu’ils engageaient des jardiniers et que je devais envoyer mon cv au Palais », se souvient-il. Et après un certain temps et une enquête de moralité, il a été engagé. Au fil des ans, Fabien a vu son métier évoluer. « Comme tous les boulots, ça a changé. Les manières de travailler, les techniques, etc. Quand j’ai commencé, quand il fallait encaisser un oranger, c’était encore avec un vieux cric à la main et il fallait monter l’arbre à la main. Maintenant, ça se fait avec un chariot élévateur. Au niveau du matériel, ça a aussi évolué. Plus dans le parc que dans les serres, parce que dans les serres il ne faut pas vraiment de matériel spécifique, c’est beaucoup de l’entretien, de l’arrosage, de la taille, etc. », assure-t-il. Fabien concède également « qu’il faut avoir de la chance que l’on engage du personnel au moment où vous envoyez votre cv ».

 

Son métier, c’est surtout sa passion. D’ailleurs, pour avoir la chance de travailler aux Serres Royales, Fabien explique que c’est plutôt simple. « Il faut être passionné, avoir le diplôme de base en horticulture, être motivé et aimer la nature et les plantes », confie-t-il. Cet entrain et cette motivation, on la ressent chez Fabien. Et pourtant, le boulot est relativement routinier. «Tout ce que vous voyez dans les serres, c’est pour le public, ça dure trois semaines dans l’année. Après, tout redevient normal. Tout est enlevé et on recommence à zéro pour l’année prochaine », raconte-t-il. On trouve deux équipes dans le domaine de Laeken. Une petite vingtaine de personnes s’occupent du parc et quinnze autres sont dévolues à l’entretient des serres. Ensuite, chaque équipe se divise en plusieurs groupes assignés à une zone spécifique. Ils sont par exemple trois à s’occuper de l’Orangerie toute l’année. Trois hommes pour tailler des orangers vieux de 200 ans. Trois hommes pour entretenir un patrimoine. Ce n’est pas énorme. Mais il y a des périodes plus calmes dans l’année. En hiver, par exemple, quand les plantes sont au repos. Bien évidemment, chaque plante à ses spécificités. Fabien continue : « A l’Orangerie par exemple, ils commencent à tailler les lauriers et les orangers dès le mois d’octobre et ils finissent de les tailler deux à trois semaines avant l’ouverture des serres au public », dit-il. Et en plus, tout est fait à la main. Ou plus précisément, au sécateur. Les plantes, elles, restent dehors jusqu’à la mi-octobre. A ce moment là, elles sont rentrées dans l’Orangerie. Elles sont gardées au « chaud » à une température qui avoisine les 3° C.

Les plantes que l’on retrouve aux Serres Royales sont pour la plupart des plantes de collection. « On achète rarement des plantes. On se contente d’entretenir ce qu’on a. On fait parfois des échanges avec d’autres jardins, comme celui de Meise, par exemple », assure Fabien. Rhododendrons, oléandres, camélias, mimosas… De ces plantes, il ne connaissait rien ou presque, quand ila commencé. « Quand j’ai quitté l’école pour arriver ici, je ne connaissais absolument rien à la moitié des plantes qu’il y avait dans mon service. Ce que l’on vous apprend dans les écoles d’horticulture, c’est la base, les Géraniums, les plantes de base, faciles à cultiver, etc. Quelqu’un qui sort de l’école et qui arrive ici, il est un petit peu perdu. Ce sont toutes des plantes qu’il n’a jamais vu. On apprend beaucoup sur le tas », révèle-t-il.

Aujourd’hui, il est impossible pour Fabien de changer ni de métier, ni de lieu de travail. Les Serres Roayales de Laeken c’est son paradis sur terre. Un paradis qu’il ne quitterait pour rien au monde !

 

Une symbiose entre architecture et botanique

Les serres de Laeken sont aux plantes ce qu’est le Louvre aux tableaux de maître. La collection de plantes des Serres royales comprend des milliers d’arbres, d’arbustes, de fleurs et de plantes. Elles abritent la plus riche collection de camélias cultivés sous serres au monde. Ces plantes étaient le dada de Léopold II. Grand passionné, il en ramènera plus de 300 espèces différentes à Laeken.

Les Serres de Laeken c’est :
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Tout ce soin apporté aux plantes depuis environ 150 ans engendre de beaux bébés. Certains orangers ont plus de 200 ans ! Des camélias atteignent le siècle et demi, et nombre d’arbres comme des palmiers ont déjà dépassé le siècle d’existence.

1,5 hectare d’espaces sous serres et 2,5 hectares de surface de verre sont nécessaires à l’exploitation de cette réserve. Treize chaudières sont utiles au maintient d’une température optimale été comme hiver. L’eau est également une problématique stratégique pour le maintient à température comme pour l’hydratation des plantes. Les jours de fortes chaleurs, jusqu’à 48 000 litres d’eau sont utilisés quotidiennement pour l’arrosage et le maintient de l’hydrométrie. Quinze jardiniers y travaillent à l’année. Le Jardin d’Hiver, la plus grosse structure de verre a exigé, pour sa construction en 1874, l’apport de 651 tonnes de fer.

Des milliers de plantes cohabitent donc depuis presque 150 ans sous ce complexe de verre magistral que sont les serres. Cent-cinquante ans d’horticulture mais bien d’avantage, le site est une des plus grandes banques de données génétiques présente sur le continent. Certaines espèces conservées et reproduites artificiellement ont mêmes disparues à l’état naturel.

L’oiseau du paradis à peine éclos.

 

Cependant, nos demandes pour obtenir un référencement global des plantes des Serres royales sont restées veines. Depuis le début du programme de préservation des plantes instauré sous Léopold II, aucun référencement n’a été établi ! Les autorités compétentes nous ont certifié qu’ils comptaient programmer la création d’un tel projet…

Ne pouvant en rester là, nous avons établi avec l’aide d’experts un échantillon de référencement des plantes connues (représentatif de l’ensemble des familles de plantes). Nous avons ensuite cherché la région d’origine de ces plantes afin d’établir une cartographie de référencement.

Sur les 159 plantes que l’on a référencées, 46 trouvent leur origine en Asie. Vingt-cinq proviennent d’Afrique et d’Europe. Plus de 40 plantes sont originaires d’Amérique alors que 21 viennent d’Océanie. Depuis le début du XIXe siècle, les plantes sont sélectionnées dans le monde entier et ramenées à Laeken pour leur valeur génétique.

Répartition de l’origine des plantes
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Histoire d'un chantier titanesque

Les serres royales de Laeken sont ouvertes! Mais elles n’ont de royales que le nom. En effet, le monarque belge ne les visite que très rarement. La passion de ses ancêtres s’est peu à peu estompée…Pourtant, ce monument, un édifice prodigieux, nous offre une abondance de couleur qui n’est pas là pour nous déplaire… Les serres de Laeken qui compte parmi les principaux monuments du XIXe siècle en Belgique sont un petit bijou architectural. Entièrement édifié en métal et en verre, ce chef d’œuvre représentait à l’époque, une innovation spectaculaire. D’où sa renommée internationale.

C’est en temps qu’amateur de plantes que le roi Léopold II, surnommée « Le bâtisseur » fit construire ce monument. En faisant appel au plus grand architecte extérieur de l’époque, le roi voulait marquer les esprits.

La cité de verre, éblouissante dès le premier regard

 

Alphonse Balat, cet architecte belge est célèbre pour sa conception du jardin national Botanique ou ses pièces au Palais Royal de Bruxelles.C’est toutefois, sa composition des serres de Laeken qui offrit à l’architecte une notoriété internationale. Le rayonnement de ces serres s’est propagé dans le monde entier et s’est inséré dans le mouvement de l’Art Nouveau. Il a par la suite inspiré une architecture belge à proprement défini.

Ce complexe atypique imite le paraître d’une « ville de verre ». Tout droit sorti d’un film de Science-fiction, l’édifice se caractérise par ses coupoles de verres, ses pavillons rocambolesques et ses galeries inimitables. Une fracture temporelle et dimensionnelle qui nous rappelle cette cité sous-marine « d’Otoh Gunga », ville du célèbre Jar-Jar Binks, fidèle allié des jedis dans Star Wars : La menace fantôme.

Les Serres de Laeken

Avec ses 1,5 ha, le complexe des serres se divise en trois parties :

Tradition vieille d’un siècle, les serres de Laeken ouvrent leurs portes aux publics seulement trois semaines par an. Une coutume provenant du roi Léopold II et toujours respectée de nos jours.

Quand le printemps pointe son nez, les fleurs éclosent pour accueillir les visiteurs. En véritable patrimoine national, les plantes dorlotées, chouchoutées toute l’année, se mettent sur leur 31 pour accueillir passants dans un océan de couleurs. Découlant d’une colonisation acéré du gouvernement Belge. Les fleurs proviennent principalement du Congo et des nombreuses expéditions de Léopold II.

Le parc de Laeken quand a lui, a été dessiné par le paysagiste anglais Lancelot Brown en 1795. Ce jardinier prestigieux était longtemps considéré comme « le plus grand jardinier d’Angleterre ». Ce n’est donc pas un hasard si le parc de Laeken est un « jardin à l’anglaise ». Il faut savoir que Lancelot Brown est à l’origine de nombreux parc aujourd’hui patrimoine mondial de l’Unesco.

Statue d’un des jardiniers historique

 

Avec ses 186 ha, le parc a une superficie supérieure à deux communes bruxelloises : Saint-Josse-ten-Noode et Koekelberg.

Le parc se compose en 4 parties :

Peu de gens le savent, mais Léopold II fit construire une gare en bordure du domaine royal, sur la ligne 28, qui relie Schaerbeek à Bruxelles. La gare était réservée à la famille royale et ses visiteurs. Elle a été classée en 1996 par le gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale.

Pour rappel, au cours de l’histoire, le parc et le château sont passés entre les mains de nombreux monarques tels que Napoléon ou Guillaume Ier. Ce n’est qu’à partir de 1830 et l’indépendance de la Belgique que le château de Laeken devint la résidence des souverains Belge.

Les serres en chantier. Crédits photo : Photos Archives Palais Royal

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