Pierre Fernandez, un egoïste soucieux de l’intérêt commun

10-12-2015  

Âgé de 24 ans seulement, Pierre est déjà patron, employé et ouvrier. Un job à plein temps, qu’il a choisi et dont il est fier. Notre jeune entrepreneur travaille parfois jusqu’à treize heures par jour, s’est octroyé un jour de congé par semaine depuis peu, et n’a pas pris de vacances depuis plus d’un an. « Mais c’est un choix, je fais ce que j’aime ».

Il était une fois « L’Heureux Nouveau »

A 19 ans, son bac en poche, Pierre décide de quitter le cocon familial lyonnais. Il y a presque six ans, il rejoint une colocation dans laquelle son frère se trouve pour débuter des études de langues à l’Université. Mais il n’y mettra pas souvent les pieds puisqu’il sort beaucoup et aime faire la fête. Son mode de vie ainsi que ses habitudes alimentaires, comme ceux de ses colocataires, ont besoin de changement. Ensemble, nos cinq futurs associés prennent conscience de leur mauvaise alimentation et désirent prendre soin d’eux. Ils commencent alors à s’approvisionner en fruits, légumes et autres produits issus de l’agriculture biologique. Un « besoin égoïste à la base » selon Pierre, « mais qui s’est transformé en quelque chose de bien ». Petit à petit, leurs amis et voisins s’intéressent à ce qu’ils font et leur demandent de prendre commande pour eux. Certains habitent dans des endroits éloignés de Bruxelles, c’est pourquoi ils décident de les livrer à vélo. L’aventure commence.

Pierre consacre beaucoup de temps, d’énergie et d’argent au projet. Mais les débuts sont difficiles et il doit bientôt rentrer en France pour y travailler quelques mois afin de payer son loyer. Cette période, il la voit comme un échec :  « À l’époque, j’ai eu l’impression d’avoir raté quelque chose. Mais maintenant, je n’ai pas de regrets ». Dès son retour à Bruxelles, Pierre, son frère Rémi, Elodie, Anthony et Ivan (qui a depuis quitté le navire), établissent un business plan pour encadrer davantage leur projet et le rendre plus professionnel. En 2012, la SPRL « L’heureux nouveau » voit le jour et son objectif est de « rendre la nourriture saine accessible à tout un chacun et se battre pour rétablir un équilibre naturel au sein du monde agricole ». Autrement dit, démocratiser le bio et travailler avec des producteurs pour que ce soit rentable pour eux mais aussi pour le consommateur. Pierre se définit comme un intermédiaire entre le client, le producteur et le lieu de dépôt.

À la recherche du côté humain

Les quatre associés ne privilégient pas la rentabilité ni le profit. Pour preuve, ils se reversent chaque mois un salaire bien inférieur au SMIC.  « Nous ne faisons pas ça pour l’argent, mais parce que nous croyons en notre projet.  » Pierre me confie les raisons pour lesquelles leur société évolue doucement :

« Pour qu’une société grossisse, il faut investir de l’argent, notamment en  faisant des prêts à des banques. Les prêts ne se fondent pas sur de l’argent réel mais fictif donc à vouloir aller trop vite et à voir à trop grande échelle, c’est se créer des problèmes. Avancer doucement, de manière plus naturelle, c’est aller vers quelque chose de plus stable.

Pierre vit pour son projet. À tel point qu’il est capable de citer le nom de tous ses clients (environ un millier) et le contenu de leur panier. Son engagement est plutôt local car lorsque je lui parle du changement climatique, il est conscient des problèmes qui existent, « mais je ne peux pas être sur tous les fronts, car je préfère m’investir à fond dans mon projet ».

Laurie Meunier.

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