politique

Quelques heures pour éviter un nouveau Tchernobyl ? Vraiment ?!

11-02-2016  
Image de la pétition d’Avaaz « Quelques heures pour éviter un nouveau Tchernobyl »

La réactivation des réacteurs de Doel 3 et Tihange 2 en novembre 2015 a réanimé les débats sur le nucléaire en Belgique. Une polémique qui ne s’est pas calmée suite aux accidents dans certains réacteurs dans le courant du mois de décembre. Fin janvier, la plateforme de citoyens en ligne Avaaz décide de lancer une pétition pour la fermeture de ces réacteurs. Une dizaine de jours plus tard, la pétition compte près de 900.000 signataires. Mais la pétition alarmiste présente des imprécisions et exagérations.

1/ Selon les experts, l’Europe pourrait être confrontée au risque nucléaire le plus grave depuis Tchernobyl (…) 

Pas tout à fait vrai. C’est flou.

En réalité, les experts ont été surpris par les propos tenus dans la pétition d’Avaaz : elle ne s’appuye pas suffisamment sur des propos scientifiques, et la comparaison avec Tchernobyl est largement exagérée. “La pétition va un peu trop loin en parlant de nouveau Tchernobyl” affirme Damien Ernst,  professeur d’électromécanique à l’ULG. “C’est une exagération. En plus, aucun expert n’en a parlé en ces termes.”

Mais est-ce que l’Europe risque “d’être confrontée à un risque nucléaire” ?  Selon Damien Ernst, “le risque 0 n’existe pas. Il y a très peu de précédents de catastrophes nucléaires et les statistiques donc nous disposons ne permettent pas de faire des prévisions et des quantifications en cas de problème. L’intensité est difficile ou plutôt impossible à évaluer. C’est pour cela que les militants anti-nucléaires préconisent d’appliquer le principe de précaution et de fermer les centrales.”

Pour le moment, le débat concerne surtout la qualification du risque : acceptable ou inacceptable. Et cela dépend des points de vues. L’Agence de contrôle nucléaire (AFCN) a tout de même fait quelques recommandations en cas d’accidents nucléaire. Parmis celles-ci, lélargissement des zones de distributions de pillules d’iode. Au cas où.

2/ (…) à cause du redémarrage par la Belgique de deux vieilles centrales pleine de fissures.

Pas tout à fait vrai.

La pétition parle des deux vieilles centrales fissurées. Il est d’abord important de préciser que les vieilles centrales en Belgique sont celles de Doel 1, Doel 2 et Tihange 1 (années 70). Or, celles-ci ne présentent aucun problème de fissures. Les problèmes de ce type, découverts en 2012, se situent en fait dans les centrales de Doel 3 et Tihange 2, plus récentes (années 80). Il serait ensuite plus juste de parler de micro-fissures. Quand on lit “les centrales sont pleines de fissures”, on s’imagine des trous qui laissent échapper des substances toxiques ou une situation hors de contrôle. Ce n’est pas le cas.

Damien Ernst,  professeur d’électromécanique à l’ULG, explique le problème dont il est question plus en détail. « Quand on parle de fissures, cela ne veut pas dire que le métal des cuves en question est poreux. On peut parler de micro-fissures car le métal ne se touche pas. Les « trous » sont en fait couverts par ce qu’on appelle des flocons d’hydrogène qui sont parallèles à la paroi de la cuve.” Le problème ne semble donc pas si dramatique d’autant plus que l’Agence Fédérale de Contrôle du Nucléaire a donné son accord pour redémarrer les réacteurs.

Mais il faut tout de même rester vigilants. “Si les flocons d’hydrogène avaient été perpendiculaires à la paroi”, poursuit Damien Ernst, “cela aurait posé problème. Cette éventualité n’est cependant pas à exclure car les techniques d’analyse ne sont pas vraiment en mesure de voir ces flocons perpendiculaires.”

Lucy Dricot & Giovanni Zidda

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