Que cache vraiment la chasse aux mendiants en cours à Bruxelles-Ville ?

Les mendiants ont du souci à se faire dans la ville de Bruxelles. Depuis quelques jours, de nombreux acteurs politiques bruxellois ont décidé de faire de la mendicité leur nouveau cheval de bataille. C’est la Secrétaire d’Etat à l’Egalité des Chances, Bianca Debaets (CD&V),  qui a ouvert les hostilités en premier. Dans les colonnes du journal Het Nieuwsblad elle faisait remarquer que la proportion de mendiants présents dans les allées du centre-ville de la capitale allait grandissante. Allant jusqu’à estimer qu’il « était grand temps de s’attaquer à la mendicité et à l’ivresse publique dans le centre-ville ». La ville de Bruxelles n’a pas attendu bien longtemps avant de répondre à ces accusations. Par le biais de son Echevine de la Culture et de la Propreté Publique, Karine Lalieux (P.S.), l’exécutif communal bruxellois s’est défendu de tout immobilisme au micro de nos confrères de la RTBF : « Nous y travaillons, avec les services juridiques et les services de police, mais il faut savoir que beaucoup de règlements qui ont été pris dans d’autres villes et communes ont été cassés par le Conseil d’État. On essaie de travailler sur la notion de trouble à la tranquillité publique. »

De plus en plus de  bénéficaires du Revenu d’Intégration Sociale

La mendicité n’est plus en délit en Belgique depuis 1993. Cependant, ce soudain intérêt pour la question des mendiants cache une réalité bien plus profonde. Il s’agit de la paupérisation de habitants la ville de Bruxelles. Pour nombre d’observateurs, la mendicité n’est que la partie visible de l’iceberg de pauvreté qui caractérise la commune de Bruxelles. En effet, depuis plus de dix ans, le nombre de personnes bénéficiant du revenu d’intégration sociale (R.I.S.) ne cesse de croître. Un signe de l’évolution grandissante de la pauvreté.

 

 

Un chômage massif

La précarité qui caractérise la Ville de Bruxelles trouve sa principale source dans le fort taux de chômage qui frappe depuis plus d’une dizaine d’années le cœur historique de la Région bruxelloise. A deux pas des couleurs de la Grand-Place et du faste décomplexé des boutiques de mode de la chaussée de Waterloo, une grande proportion des habitants de Bruxelles-Ville partage son quotidien entre oisiveté, emplois précaires et mal payés et fin de mois difficile. Même si le chômage connaît ici une certaine décrue depuis 2013 –année durant laquelle il culminait à 22%–, il demeure bien au-dessus des moyennes régionale (17,3% en 2016)  et nationale (7,6% en 2016).

 

Des élus cumulards

La situation décrite ci-dessus diffère pourtant nettement d’une autre. Celle-ci est tout aussi liée à la Ville de Bruxelles. Nous faisons référence ici à l’activité des élus de la Ville de Bruxelles. La grande majorité de ces derniers partagent un trait particulier. L’on pourrait même asserter qu’il les rassemble. Il s’agit d’une pratique qui transcende les clivages politiques : le cumul de mandats. Il faut dire qu’au travers de deux de ses représentants, Philippe Close et Faouzia Hariche, qui cumulent chacun jusqu’à 21 postes, le Parti Socialiste se positionne en tête de gondole du cumul des mandats. Les autres partis ne sont pas en reste. Le Mouvement Réformateur voit son élue Marion Lemesre occuper 20 mandats supplémentaires à celui d’Echevine des Affaires économiques, de l’Emploi, de la Formation et du Stationnement. Une pratique maintes fois décriée car potentiellement cause de conflits d’intérêts. Seuls les partis ECOLO et Groen se démarquent en ce sens qu’aucun de leurs mandataires ne cumule plusieurs fonctions.

Ces disparités entre les élus de la Ville de Bruxelles et leurs administré(e)s servent d’arguments crédibles à ceux qui remettent en question le caractère réellement démocratique de nos institutions. Les élus bruxellois, plutôt que s’attaquer aux pauvres qui sombrent dans la mendicité ne devraient-ils pas procéder d’abord à une véritable moralisation de la vie publique ? Ceci faute de résorber le chômage endémique qui sévit dans la capitale européenne. Le débat est ouvert.

 

Arnold Delaroche Kamdem, Mehdi Toukabri, Ysabelle Vansassenbrouck et Aline Bué.

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