“Le Champignon de Bruxelles” : amis de la planète, les rois du shiitake sont bruxellois

Du shiitake pour la planète made in Bruxelles, les Chinois n'ont qu'à bien se tenir. Crédit photo : Brusselslife.be
03-12-2015   Magazine
À 26 ans, 27 ans et 32 ans, ils ont franchi un grand pas. “Pour être encore plus acteurs“, leur petite grande société s’est lancée dans la culture d’un champignon exotique : le shiitake. Ne produire que sur des déchets, c’est leur façon de contribuer à la sauvegarde de la planète.

Depuis leur découverte émerveillée et quasi fortuite des champignons, en lisant L’économie bleue, un concept que l’on doit à l’entrepreneur belge Gunter Pauli, Hadrien et Sevan avaient fait le choix, il y a deux ans, de se lancer dans le projet de produire leurs propres champignons.

Ils ont lu le même bouquin et c’est dans cette perspective, qu’ils fonderont ensemble Le champignons de Bruxelles, avec quelques principes et idées-force écologiques qui ont guidés leurs pas. Ce savoureux légume de diversification permet d’agrémenter toutes l’année, les plats bourgeois et rustiques de la cuisine traditionnelle, mais pas que … Hadrien et Sevan ne tarissent pas d’éloges à son égard. Ils vantent son bon goût parfumé et ses atouts écologiques. “Cuits à feux doux, dans du beurre à l’ail par exemple, le Shiitaké est vraiment délicieux“, commente Hadrien. “Puis, ce champignon d’Extrême orient contient des vitamines, des minéraux et des protéines. Tout ce qu’il faut pour remplacer, dans nos assiettes, la viande dont la production a un impact énorme sur l’environnement“, poursuit Sevan.  Et si Bruxelles n’est pas la terre idéale pour les champignons, on trouve quelque part, dans ses sous sols, de quoi remplir son panier. Balade parmi un trio d’entrepreneurs avec une détermination de champignons.

Leurs engagements pour le climat

Dans la petite entreprise, Hadrien assure la récolte, Sevan l’administration et Raphel, fils de menuisier et habitué des petits boulots jusqu’ici, s’est improvisé technicien. Ils fabriquent à Bruxelles pour maîtriser la chaîne de production et développer des partenariats pour assurer leur intégration locale. Avec un seul objectif : contribuer à la diminution de l’empreinte écologique, autrement dit réduire la pression qu’exerce l’homme sur la nature. Favoriser les circuits courts, développer des partenariats agricoles, des filières et une alimentation durable, doit être une priorité pour tous, insiste Sevan.

Au niveau local, le but est de convaincre les consommateurs de manger des champignons bio, cultivés sur des déchets organiques, sur des copeaux de bois et de la drêche. Au niveau de la région, deux grandes stratégies politiques sont planifiées à Bruxelles. D’une part, un volet de l’alimentation durable prévoit de produire 30 % de notre alimentation à Bruxelles. Cette alimentation doit être localement produite. C’est bien le combat des trois jeunes entrepreneurs, qui cherchent à implanter une agriculture européenne régionale. Produire localement plutôt que d’importer. Leur stratégie d’économie en circulaire concerne l’usage des déchets. Afin d’éviter de continuer à brûler les déchets, on les met dans un cycle de production pour recréer de la valeur et diminuer l’empreinte écologique. Plus haut, au niveau européen et au niveau mondial, à l’échelle de la COP 21, diminuer nos émissions pour contrer le changement climatique est très important pour les trois entrepreneurs. “Si le carbone était taxé, un projet comme le nôtre serait beaucoup plus rentable dès le départ“, regrette Sevan, qui déplore une concurrence avec des produits qui viennent en avion de Chine ou même à l’intérieur de l’Europe. Les shiitake issus de ces économies d’échelles coûtent moins chères et ne contribuent pas à réduire l’empreinte écologique.

Être des acteurs positifs du monde

Des bancs de l’UCL et de Clemson University aux Etats-Unis à leur champignonnière. J’ai choisi de mettre en valeur l’énergie positive et enthousiasmante du trio d’amis, une énergie qui participe avec ses moyens à la protection de la planète. Ces convictions sont portées par des jeunes adeptes du bio, de l’initiative coopérative et du crowdfunding. Leur désir ? Avoir un impact écologique, social en donnant du sens aux initiatives citoyennes.

Confrontée à la dure réalité des choses, la génération Y est davantage portée par la quête de sens que par l’appât du gain. Deux ans après leur projet, Hadrien, Sevan et Raphel sont toujours candidats entrepreneurs. Ils bénéficient encore de l’allocation chômage qui leur permet de tester leur activité pendant 12 mois. Raphel est lui, autodidacte, il s’est initié à la culture des champignons lisant des “bouquins” sur les champignons. C’est sa façon de démystifier certaines idées reçues, “l’écologie est accessible à tous” insiste-t-il. Ce sont les initiatives locales qui contribueront à faire “bouger les choses“.

Dans ses débuts, Le champignon de Bruxelles, n’était qu’une entreprise de fortune. “On a bêtement loué un petit bureau pour faire pousser nos champignons, on y connaissait rien, on mettait tout sur des étagères “. Leurs regards complices se croisaient à chaque que fois que l’un d’eux contait une vielle anecdote. C’est à ce moment la que Raphel, le doyen de la “fraterie” les a rejoint. L’homme à tout faire est venu au secours des deux jeunes diplomés en manque de pratique et d’expérience. Tout ça est derrière eux aujourd’hui, les petites graines ont germés et les champignons ont poussé. Ils sont plus que jamais déterminés à récolter les petites initiatives citoyennes qui feront de grandes avancées pour la planète.