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Quelle sortie du nucléaire possible selon Ecolo ?

Marie-Elisabeth de Spirlet et Adrian Burtin
14-03-2019   Décodage

Gilles Vanden Burre, député fédéral Ecolo, était l’invité mardi dernier de l’Interview, animée par Jean-Jacques De Leeuw sur BX1. L’occasion de revenir sur les ambitions politiques du parti vert, mais aussi sur ses griefs vis-à-vis de la gestion belge de l’énergie et de l’environnement. Décryptage.

“Si on agit dès aujourd’hui, sans tarder, on peut effectivement sortir du nucléaire à partir de 2025 et à partir de 2050 on peut être avec 100 % d’énergie renouvelable.”

Vrai, mais …il est  possible de sortir du nucléaire et de n’utiliser que des énergies renouvelables, moyennant un investissement important.
Par sortie du nucléaire on parle d’une réduction progressive de la part du nucléaire dans la production énergétique jusqu’à un abandon total des installations. La Belgique devrait alors se reposer sur d’autres moyens de production.

Aujourd’hui, la consommation d’énergie belge dépend à 70,4 % des énergies fossiles. Les énergies renouvelables représentent à peine 9,1 % de la consommation nationale. Le nucléaire, quant à lui, alimente 20,1 % de cette consommation. Sortir du nucléaire d’ici à 2025 implique de trouver une solution rapidement. On parle souvent de centrales au gaz comme meilleure alternative : or, ces installations polluent.

Damien Ernst est professeur à l’Université de Liège. Pour lui, le principal obstacle à la transition énergétique est le temps. “Le politique est prêt et veut accélérer cette transition, il suffit de voir ce qui se passe dans la rue” rappelle-t-il. “Mais tout ça, ça prend un certain temps à se mettre en place. On ne peut rien faire à court terme.” Et quand est-il du coût de cette transition ? “Ce n’est pas si cher, contrairement à ce qu’on peut croire. Les technologies renouvelables ont tendance à baisser de prix et à gagner en rentabilité” explique Damien Ernst. “Tout ce qui manque, c’est un pays stable politiquement.

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“La Belgique aujourd’hui est le cancre de l’Europe en terme d’objectif climatique. Nous sommes queue de peloton européen avec 9 % d’énergie produites grâce aux énergies renouvelables.”

Vrai mais on peut nuancer : la Belgique a 9,1 % de son énergie produite en énergie renouvelable. Mais c’est un petit pays, comme le Luxembourg qui lui n’a que 6,4 % d’énergie renouvelable produite. Malte et les Pays-Bas se situent également dans le bas du classement européen. Les pays qui produisent le plus d’énergies renouvelables sont la Finlande et la Suède. Les différences parfois importantes entre les pays de l’Union Européenne s’expliquent par la quantité de ressources naturelles que les pays possèdent.

Michel Huart, professeur à l’ULB affirme que la tendance à la consommation d’’énergie renouvelable est croissante dans toute la zone de l’Union Européenne. L’Europe souhaite, en effet, atteindre un total de 20 % d’énergie renouvelable consommée pour 2020. Pour atteindre ce chiffre, l’Europe a imposé un quota que chaque pays doit atteindre d’ici là. Certains pays, comme le Danemark ou l’Estonie, ont déjà atteint ou dépassé ce quota. La plupart des pays européens ont encore du travail à effectuer pour atteindre la quantité d’énergie renouvelable demandée pour l’année prochaine.

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● Quelles seraient les alternatives au nucléaire ?

Il en existe plusieurs. Les plus connues sont l’éolien, l’énergie solaire et hydraulique. Du biogaz et biocarburant sont également produits. Toutes ses alternatives se développent et deviennent de plus en plus compétitives. Cela accroît la concurrence avec les énergies fossiles.

● A combien reviendrait une transition du nucléaire vers les énergies renouvelables ?

La transition énergétique reviendrait à 300-400 milliards d’euros d’ici 2050 selon l’étude Horizon BE 2050. Cela revient à un surcoût de 2 % du PIB par an. Cela permettrait à terme de supprimer l’achat de combustibles fossiles. Si la transition énergétique réussit, elle pourrait mener à la création de 800 000 emplois en Belgique d’ici 2030. Les secteurs de la construction et de l’industrie seront les premiers à en profiter.

● Que faire des centrales nucléaires et des déchets nucléaires ?

Une partie de l’uranium peut être réenrichi. Pour cela, les centrales nucléaires envoient l’uranium appauvri par bateau en Russie. L’usine de Seversk traite l’uranium pour le réenrichir puis le renvoyer dans son pays d’origine. La France fait la même chose. Ses bateaux partent alors du Havre en direction de la Russie.

● Quelle est la part des énergies fossiles dans la production d’énergie belge ?

Les énergies fossiles se composent du pétrole, gaz naturel et charbon. En 2016, le pétrole comptait pour 39 % dans la consommation totale de Belgique. Le gaz naturel est la deuxième énergie fossile consommée et comptait pour 25,3 %. Le charbon arrive en troisième position et comptait pour 5,3 %.

 

Crédit photo : Andreas Krisher/Flickr

Source : Eurostat

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