politique

Daniel Bacquelaine affirme que la réforme des pensions est avantageuse pour les femmes

Avec la réforme des pensions, ce sont les pensions les plus faibles qui devraient le plus augmenter. - Crédit : Pixabay - MabelAmber
Louise Renson et Kara Delrue
14-03-2019   Décodage

Dans un article de la DH datant du vendredi 8 mars, le ministre des Pensions Daniel Bacquelaine (MR) soutient que la pension moyenne des femmes a augmenté plus fortement que celle des hommes.

Entre 2014 et 2017, la pension moyenne des hommes, tous régimes confondus, a augmenté de 6 %. La pension moyenne des femmes a, elle, augmenté de 14 % dans le régime des salariés et de 24 % dans le régime des indépendants.

Daniel Bacquelaine

Faux ! Après une analyse approfondie des données statistiques annuelles disponibles sur le site internet du Service Fédéral des Pensions, nous observons une augmentation de 4,88 % de la pension moyenne des hommes, tous régimes confondus, entre 2014 et 2017. Pour la même période, la pension moyenne des femmes, tous régimes confondus, augmente de 5,53 %. Plus précisément, la pension moyenne des femmes croît de 5,1 % pour les salariées et de 5,06 % pour les indépendantes. On est donc bien loin des chiffres avancés par le ministre des Pensions.

Progressivement, on a relevé les conditions d’accès à la pension anticipée et donc incité à prolonger la carrière. Ce qui a permis aux femmes d’allonger davantage leurs carrières que les hommes, parce qu’elles avaient des carrières plus courtes. Ça a permis un certain rattrapage au niveau des droits de pension.

Daniel Bacquelaine

Vrai ! Les conditions d’accès à la pension anticipée ont effectivement été renforcées graduellement depuis 2013, donc déjà sous le gouvernement Di Rupo. Selon les données du Service Fédéral des Pensions, en 2014, il fallait être âgé de 61 ans minimum et avoir accompli 39 ans de carrière. En 2017, les conditions ont été relevées à un âge minimum de 62,5 ans et à une durée de carrière de 41 ans pour pouvoir prendre une pension anticipée.

D’après Maxime Fontaine, chercheur au Centre de Recherche Appliquée en économie de l’ULB, ce durcissement des mesures touche prioritairement les femmes puisqu’il les oblige à allonger leur carrière pour pouvoir bénéficier d’une pension décente. Historiquement, elles ont effectivement eu des carrières plus courtes que celles des hommes.

  • Les chiffres avancés par Daniel Bacquelaine sont-ils crédibles aux yeux des spécialistes en économie ?

Selon Jean-Luc De Meulemeester, professeur d’économie à la Solvay Brussels School, les pourcentages avancés par Daniel Bacquelaine semblent peu plausibles. “Des montants de 14 ou 24 %, ça me semble assez énorme. Surtout, je pense que le ministre est plutôt dans une perspective d’économie sur le montant des pensions donc ça me paraît étonnant.”

Christophe Soil, professeur à la Solvay Brussels School, partage cet avis : ‘Les augmentations évoquées par Bacquelaine pour les femmes ne me semblent pas crédibles, même s’il est vrai que leurs carrières tendent à s’allonger”.

Les spécialistes sont également unanimes sur un point : pour vérifier la véracité des déclarations du ministre des Pensions, il faut connaître la méthode de calcul qui a été utilisée pour déterminer les augmentations des pensions de retraite moyennes. Les statistiques peuvent aussi être interprétées de différentes manières. Nous avons donc contacté le cabinet de Daniel Bacquelaine. Réponse : le Service Fédéral des Pensions aurait calculé ces augmentations sur base des données que nous avons nous-mêmes utilisées et à l’aide de la même méthode que nous avons employée.

  • En moyenne, les pensions des femmes sont-elles plus élevées que celles des hommes ?

Evolution des montants des pensions en Belgique entre 2014 et 2018
Infogram

Source :  Service Fédéral des Pensions

Bien qu’on observe une augmentation de la pension moyenne des femmes légèrement plus forte que celle des hommes entre 2014 et 2017, les hommes continuent de percevoir en moyenne un montant plus élevé. Comme le montre le graphique ci-dessus, en 2014, les montants de pension perçus en moyenne par mois étaient d’environ 1160€ pour les hommes et de 912€ pour les femmes. En 2017, ces montants s’élevaient à 1217€ par mois pour les hommes, et à 963€ environ pour les femmes.

L’écart entre les montants touchés par les hommes et par les femmes n’a pas diminué ces dernières années, il a même légèrement augmenté : on passe d’une différence de 248€ à une différence de 254€ entre 2014 et 2017. Contrairement à ce qu’affirme Daniel Bacquelaine dans la DH, la réforme des pensions ne réduit donc pas vraiment les inégalités entre les hommes et les femmes.

Lire aussi : Une femme sur trois touche moins de 750 euros de pension

  • La réforme des pensions est-elle réellement bénéfique pour les femmes ?  

Selon Maxime Fontaine, chercheur au Centre de Recherche Appliquée en économie de l’ULB, quand le ministre des Pensions affirme que le durcissement des conditions de pension anticipée permet aux femmes d’allonger leurs carrières, il s’agit en réalité de la mise en place de nouvelles obligations pour les femmes et non pas de nouveaux droits.

En effet, actuellement, pour bénéficier de la pension de retraite anticipée, il faut avoir travaillé pendant au moins 42 ans et être âgé de 63 ans minimum. Malgré la réforme des pensions, on remarque qu’il est toujours extrêmement difficile pour les femmes de réaliser une carrière complète, et qu’elles sont par conséquent toujours pénalisées avec le système actuel.

  • Les inégalités de pension sont-elles dues aux inégalités de carrière ?

L’écart salarial entre les hommes et les femmes se répercute sur les pensions puisque la pension de retraite se calcule en fonction des salaires. Les femmes connaissent également une carrière plus fragmentée que les hommes. Leur parcours est souvent plus complexe car elles peuvent tomber enceinte, prendre des congés pour s’occuper des enfants, etc.

D’après Maxime Fontaine, la question des temps partiels est également primordiale. Au-delà du fait que les femmes doivent le plus souvent s’occuper des enfants et assumer les tâches ménagères, les femmes sont aussi surreprésentées dans les secteurs qui ne proposent que des temps partiels, comme la grande distribution. Elles n’ont donc pas la possibilité de cotiser suffisamment. “Après avoir été discriminées sur le marché du travail, les femmes le sont une fois de plus lors de leur pension”.

Copy : Un budget plus important pour les pensions des hommes
Infogram

Source : Service Fédéral des Pensions  

Lire aussi : Les femmes sont-elles les perdantes de notre système de pension ?

Crédit photo : Pixabay – MabelAmber

Créations éditoriales