Transition écologique : le bulletin de l’ULB

Léopoldine Deriot, Arthur Duquesne, Guylaine Germain et Kristin Myshkin

Transition écologique : le bulletin de l’ULB

Transition écologique : le bulletin de l’ULB

Léopoldine Deriot, Arthur Duquesne, Guylaine Germain et Kristin Myshkin
Photos : Guylaine Germain
29 avril 2019

Durant les marches pour le climat, 3500 scientifiques de l’ULB et de l’UCL ont appelé les universités à devenir de « bons exemples de transition écologique. » Actuellement, le campus du Solbosch de l’Université Libre de Bruxelles est labellisé « entreprise écodynamique deux étoiles » par Bruxelles-Environnement. Et pourquoi pas trois étoiles ?

Énergie

Le bâtiment J du campus du Solbosch, toujours éclairé à 23h51.

Dans les locaux de la cellule Environnement et Mobilité situés dans le bâtiment U du campus Solbosch, tous les membres s’affairent à la réalisation du Plan Climat 2019. Alexandra Demoustiez, responsable du service, n’a pas un moment à elle. C’est donc Émilie Mutombo, cheffe de projet enseignement et durabilité et ancienne étudiante de l’ULB qui nous présente ce fameux plan. « Dès les premières marches pour le climat organisées par les étudiants de l’université, les chercheurs, les académiques et le personnel se sont mobilisés pour rejoindre le mouvement. Ensemble on a formé le collectif ULB 4 Climate et on s’est demandé ce qu’on allait faire. Nous nous sommes mis d’accord sur la nécessité d’élaborer un Plan Climat » raconte la jeune femme. Les autorités de l’université ont presque instantanément accepté. Cependant la mandature du rectorat touche à sa fin. L’objectif de l’équipe est donc de finir le plan pour le présenter au conseil administratif de juin. « L’ULB souhaite pouvoir lancer des actions rapidement, avant la fin du mandat en cours » annonce-t-elle.

Les bâtiments comme priorité

Les actions envisagées sont toujours en cours de réflexion mais les grandes lignes sont déjà tracées. « Il est évidemment question de mobilité, du développement des vidéoconférences et du télétravail afin de réduire les déplacements. Il y a aussi tout un volet sur les bâtiments des différents campus de l’ULB pour que ceux-ci répondent aux normes et aux critères de durabilité. » détaille l’ancienne étudiante de l’ULB.

Normalement, les cahiers des charges pour les constructions sont déjà plus ou moins à jour. Mais parfois, en fonction des circonstances, les projets ne sont pas réalisés comme prévus initialement. « Même les nouveaux bâtiments ne sont pas encore exemplaires » déplore Émilie Mutombo. Il s’agit là d’un problème majeur, surtout lorsque l’on voit parallèlement la dégradation et la vétusté de certains édifices. Par exemple, le bâtiment A du Solbosch présente quelques défauts d’isolation, ce qui augmente sa consommation d’énergie pour le chauffage. De plus de nombreuses salles restent éclairées tard le soir. « Il faut savoir que de nombreuses personnes restent travailler pendant la soirée et automatiser les éclairages pourrait être problématique pour eux. Parfois certaines lumières restent allumées mais cela relève en général de la pure responsabilité personnelle » explique-t-elle.

Le bâtiment R42 fermé, mais toujours illuminé à 23h44.

 

 

Parallèlement au Plan Climat 2019, l’ULB a mis en place un plan de rénovation et d’action sur les quatre campus : Solbosch, Erasme, la Plaine et Gosselies. Le but est d’améliorer les performances énergétiques des infrastructures et de diminuer la consommation d’énergie, le tout en cinq ans. « Ça commence à se mettre en place doucement. La volonté de l’Université est d’atteindre les objectifs européens, c’est à dire réduire de 40 % la consommation d’énergie et d’arriver à 27 % de production d’énergie renouvelable d’ici 2030 » explique Ngoc Phuc Thai, responsable de la Cellule Énergie.

Dans le cadre de ce projet, 4000 panneaux photovoltaïques ont été installés en novembre 2018. Ils sont répartis entre les trois campus bruxellois et couvrent 10 000 m² de toiture. Ces chiffres paraissent impressionnants mais ces panneaux couvrent seulement 4 % de la consommation totale d’électricité de l’université qui est en moyenne de 29 GigaWatt-heure (GWh) par an, soit l’équivalent de 29 réacteurs d’une centrale nucléaire moderne. « L’objectif de l’université et de notre département est d’installer d’autres panneaux dans les années à venir » révèle le responsable du service énergie.

À côté de cela, la Cellule Énergie travaille sur le relighting des sites de l’ULB, c’est à dire remplacer les anciens éclairages par des dispositifs LED, moins énergivores. Ses missions consistent aussi à installer des économiseurs d’énergie pour diminuer la consommation de gaz (qui culmine à 51 GWh) et à acheter de l’électricité à des fournisseurs verts. « D’années en années, les chiffres restent relativement stables mais la tendance générale est à la diminution,  » conclut-il.

De son côté, Edwin Zaccai, directeur du Centre d’Études du Développement Durable (CEDD), se réjouit de toutes ces mesures. Cependant, il rappelle que la stratégie de Développement Durable de l’ULB date du début des années 2000 et regrette la lenteur du processus décisionnel. « Je pense qu’on aurait dû acheter de l’électricité verte à des fournisseurs qui produisent de l’énergie renouvelable depuis longtemps. L’ULB l’a fait, mais ça a mis du temps, ça a été lent. Il reste du travail à faire au niveau énergétique. Parfois quand je donne cours il y a des radiateurs qui sont trop chauds. C’est un peu ironique lorsqu’il s’agit d’un cours sur l’environnement. »

Déchets

Trois types de moloks sont présents à l'ULB : les verts pour le verre, les noirs pour les déchets ménagers et les jaunes pour le papier. Ne vous trompez pas !

 

Le tri est rarement effectué correctement.

Les lundi et jeudi, le service nettoyage de l’ULB vide les 11 conteneurs de 11 000 litres PMC du campus. Chaque semaine, Robin Geerinck, chef du service nettoyage de l’ULB, dit y trouver « du tout et n’importe quoi ». Émilie Mutombo, du service Environnement et Mobilité de l’ULB confirme : « Bruxelles propreté est effectivement désespéré, parce que le tri sur le campus est très très mal fait. »

 

« Le problème, c‘est qu’on est une déchetterie ouverte »

Il pourrait s’agir d’un problème d’éducation. Ou alors, il n’y a tout simplement pas suffisamment de poubelles à disposition ? Juliette Renard, présidente de la cellule éco-responsable de l’association des cercles étudiants (ACE), a décidé de prendre l’initiative : « cette année, j’ai fait instaurer des poubelles de tri dans tous les cercles parce que certains n’en avaient pas. En fait les poubelles coûtent assez cher, bizarrement. Donc on a demandé des subsides au Student Green Office mais ça n’a pas été retenu. Alors on s’est dirigé vers Bruxelles environnement, qui a estimé que c’était à l’ULB de payer. » Le chef du service nettoyage confirme la nécessité de placer davantage de poubelles PCM sur le site, ainsi que de moloks supplémentaires : « il n’y a qu’un molok devant le logement du F2, alors qu’aux D15 et D31, vous avez  ceux pour le papier, pour les déchets ménagers et pour le PMC. Deux logements en ont, pourquoi pas le troisième ? C’est de nouveau l’aspect financier qui rentre en compte. » regrette-t-il. Robin Geerinck fait également part d’un autre constat : « Le problème, c‘est qu’on est une déchetterie ouverte. On est un site ouvert, donc tout le monde peut venir jeter. On a régulièrement des personnes extérieures qui viennent jeter dans nos poubelles. Je peux les voir, je peux leur faire la remarque verbalement, après je n’ai aucune autorité sur ces personnes. »

En réalité, les déchets ne sont pas la priorité pour le service environnement. « Nous si on avait cinq personnes de plus dans le service je pense qu’on travaillerait là-dessus aussi, » explique Émilie Mutombo. Face à la question plus urgente de l’énergie ou de la mobilité, la problématique du tri passe au second plan. « Pour moi c’est plus important le zéro déchet que le tri des déchets à ce stade-ci, » conclut Émilie.

Vers un zéro déchet ?

En effet, le vrai objectif de transition écologique est le zéro déchet. Mais en prenant compte son expérience quotidienne, Robin Geerinck estime que l’ULB est en est très loin : «  comme on commande à l’extérieur de l’Université, il faut que les fournisseurs amènent du recyclable. Automatiquement, si on nous ramène des déchets, on va en produire. Pour moi, ça doit venir de beaucoup plus haut, au niveau politique. Dire qu’on veut du zéro déchet pour imposer les déchets recyclables, biodégradables, etc. Tant que le monde politique n’aura pas fondamentalement imposé un point de vue clair sur l’écologie, je pense que le zéro déchet est un peu illusoire ».

Cependant, des initiatives dans cette direction existent. Par exemple, la cellule éco-responsable des cercles étudiants a remplacé tous les gobelets en plastique par des écocups (gobelets réutilisables). L’ULB soutient le projet en ayant accordé à l’Association des cercles étudiants des subsides de 10 000 euros par an jusqu’en 2022. Cet argent est nécessaire pour l’achat et surtout le lavage de ces gobelets, qui coûte 40 euros pour 500 pièces. À cause de ces dépenses élevées, Juliette, qui gère ces écocups, ne peut les prêter qu’à ses cercles membres. «  Dans les autres universités ces initiatives viennent de l’administration, certaines ont une personne payée pour s’occuper de la gestion des gobelets de l’entièreté de l’université, tandis qu’ici c’est à moi de le faire et je ne suis qu’une étudiante bénévole. » Les bières sont donc encore souvent servies dans des verres en plastique sur le campus.

Ainsi, les initiatives étudiantes ne peuvent couvrir tout le campus et se heurtent souvent à la lenteur des nombreuses étapes administratives. La cellule « environnement » ne peut pas prendre directement en charge la question par manque de ressources humaines. Robin Geerinck déplore également le manque de directives communes et insiste sur le besoin de communication entre toutes les communautés. Les avis semblent se rejoindre : une centralisation est nécessaire.

moloks
Infogram

Alimentation

La mauvaise réputation de Coca Cola pousse au vandalisme dans le bâtiment D du Solbosch.

Fabrice Peeters est responsable depuis dix ans des restaurants universitaires de l’ULB. Lunettes sur le nez et cheveux grisonnants, il est chargé de veiller sur tout ce que les étudiants consomment. Des légumes au menu de « Chez Théo », jusqu’aux bières vendues dans les soirées estudiantines de la salle de fête « La Jefke », en passant par les distributeurs de boissons automatiques, M. Peeters est le chef d’orchestre d’une minutieuse organisation. Mais que mangent les étudiants et le corps enseignant sur le campus de l’ULB, et surtout, de quelle façon ?

Au lendemain de la marche pour le climat, favoriser les circuits courts et manger de façon plus responsable sont des thèmes au centre des préoccupations des consommateurs de plus en plus jeunes. Toutefois, dans certains restaurants du campus du Solbosch, les étudiants déjeunent munis de couverts en plastique blanc. Dans le restaurant « Chez Théo », fourchettes, couteaux, assiettes et gobelets sont 100 % plastique. Mais grande nouveauté, les récipients à salade en plastique du restaurant « Campouce » côtoient désormais des bols en pyrex lavables. Une employée du « Campouce » témoigne : « Les bols sont disponibles, mais peu utilisés pour le moment. On n’a pas trop eu de consignes à cet effet ». Le responsable Fabrice Peeters évoque également l’apparition de nouveautés dans le cahier des charges des restaurants universitaires. Tous les contenants de chez « Campouce » et « Chez Théo » seraient désormais recyclables.

Le bar à salade du « Campouce » privilégie les matières réutilisables et compostables.

 

« Les couverts en plastiques sont compostables, mais ils ne sont pas compostés »

F. Peeters déplore l’absence d’une filière afin de pallier ce manque. Il ajoute malgré tout que « rien n’empêche les étudiants de venir avec leurs propres couverts. »

En ce qui concerne la provenance de la nourriture, la viande est majoritairement issue des pays du Bénélux et du Nord de la France. Exception faite de l’agneau, provenant de Nouvelle-Zélande et du Royaume-Uni. « Mais on en sert très peu », se justifie le responsable. Les légumes et les fruits, hormis les ananas, « très appréciés par les étudiants », viendraient de Belgique ou de pays frontaliers. « Nous essayons aussi de servir des fruits et légumes de saison. Par exemple, il est encore trop tôt pour les fraises actuellement », affirme M. Peeters.

Aux détours de certains couloirs de l’Université, des distributeurs de boissons automatiques aux couleurs de la célèbre multinationale rouge et blanche apparaissent. « Coca Cola a une très mauvaise réputation ici, à l’ULB », déclare le responsable. À l’Université Libre de Bruxelles, des groupes d’étudiants s’insurgent de la présence des distributeurs automatiques Coca Cola qui sont régulièrement vandalisés pour des causes éthiques et écologiques. Dans de nombreux pays du monde, les canettes constituent un véritable fléau écologique, abandonnées à l’envi dans la nature et souvent peu triées.

Pour ces distributeurs, la faculté ne dépense quasiment rien. Ils sont installés en full service : ils répondent à la logique de l’offre et la demande sur le marché. L’ULB propose un espace d’un mètre carré avec des prises et celui-ci est acheté par des grandes firmes. « Contrairement aux restaurants universitaires, qui sont déficitaires, les distributeurs sont rentables. Coca Cola donne de l’argent à l’ULB » affirme Fabrice Peeters. L’Université a également tenté d’insérer 25 % de produits biologiques dans ces distributeurs. « Ces produits ne marchent pas. Il y a encore beaucoup à faire sur la mentalité des gens », regrette-t-il. À cela, Émilie Mutombo du Service Environnement et Mobilité de l’ULB suggère : « Pour se passer de Coca Cola, il faudrait compenser l’argent gagné de manière indirecte avec, par exemple, des mécènes privés en faveur de la durabilité. Ou alors installer des distributeurs de pommes au lieu de sodas. » Elle reprend : « Mais est-ce que les étudiants peuvent réellement se passer de Coca ? La question se pose. »

M. Peeters relève toutefois de nettes améliorations durant ses dix ans de carrière. « Avant, il y avait au moins cinq camions différents qui approvisionnaient les denrées alimentaires de l’ULB. Désormais, nous n’avons qu’un seul camion compartimenté en plusieurs sections. C’est moins polluant, moins bruyant. C’est une belle avancée », confie-t-il.

Éducation

La sensibilisation de la population de l'université est aussi une solution à la transition écologique.

« Si on passe à côté de l’enseignement et de la recherche, on passe à côté de quelque-chose d’essentiel » affirme Émilie Mutombo. Pour cette cheffe de projet « Enseignement et Durabilité », le chemin vers la transition écologique de l’ULB passe par l’éducation au sein même de l’université. Sa mission : que chaque étudiant de l’ULB ait acquis à la fin de ses études des connaissances en terme d’enjeux de la durabilité et des outils pour apporter des solutions dans sa propre discipline.

Au programme, 800 cours liés aux questions environnementales…

Depuis le Sommet international sur le développement durable à Rio en 2012, des institutions d’enseignement supérieur du monde entier se sont engagées à se positionner comme actrices de la durabilité. Elles souhaitent mettre en relation leurs programmes avec l’enjeu climatique, le développement durable et la transition écologique. À l’ULB, au total, près de 800 cours sont liés aux questions environnementales. Malheureusement, ils sont concentrés dans les masters spécialisés, majoritairement scientifiques, et ne traitent pas des solutions, ni de la transition vers un développement durable. Seulement 17 cours de bacheliers sont donnés sur le développement durable. Or pour Émilie Mutombo, c’est là qu’énormément de choix se font : « les étudiants vont choisir leur futur master, leur futur sujet de mémoire, leur future carrière professionnelle. Dès le niveau bachelier, il faut des cours accessibles. »

Edwin Zaccai fait parfois tomber sa blouse blanche de chercheur pour revêtir son uniforme d’enseignant. Chargé du cours de Gestion de l’environnement à l’ULB, il souligne l’importance de former professeurs et étudiants aux questions de la durabilité, et ce, dans les différents cursus universitaires. Pour M. Zaccai, « intégrer les dernières connaissances scientifiques dans les cours est le plus important : les économistes, les ingénieurs, les juristes, les médecins, doivent être bien au fait de ce qui a changé par rapport à ces questions environnementales et énergétiques. La recherche scientifique et l’enseignement sont essentiels pour mieux éduquer ». L’objectif est donc de toucher toutes les facultés et d’informer le plus de personnes possibles.

… pour atteindre un public plus large

Pour Émilie Mutombo, il est nécessaire d’engager une discussion avec les facultés et les professeurs afin d’élargir les cours existants et d’en développer de nouveaux. Elle œuvre donc pour mettre en place ces réflexions. « Il faudrait qu’un cours de base scientifique puisse être inséré en option en sociologie, par exemple. Pour le moment, on met à disposition les informations auprès des facultés. On leur donne la liste des cours qui existent et ils peuvent choisir ceux qu’ils veulent “emprunter” » explique-t-elle. Jusqu’à présent, Mme Mutombo a rencontré six doyens et tous étaient prêts à adapter les programmes de leur faculté. Et si s’inscrire dans un cours spécialisé n’est pas possible, une autre tactique peut être adoptée : les enseignants pourraient laisser des séances libres et y développer un volet ad hoc, ou bien inviter des spécialistes à leurs cours.

L’ULB est tout de même l’une des premières universités à avoir attribué un équivalent temps plein complet sur cette question de la transition écologique. Cela est réalisable grâce à un financement extérieur de la Communauté française, en échange de l’utilisation des données recueillies. La mission d’Émilie Mutombo n’est financée que jusqu’à fin 2019. « Ce que j’attends maintenant, c’est de savoir si l’ULB va prendre le relai pour qu’on puisse continuer le travail que l’on a commencé. »

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