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Sophie Wilmès, ministre du Budget, dresse le bilan : décryptage des chiffres

Si on compare 2014 et 2018, le déficit est passé de 3,1% du PIB à 0,8% soit une division par quatre. (Crédit photo : pixabay/Bru-nO)
07-03-2019   Jamila Abarkioui, Pierrick Deffense

Sophie Wilmès (MR), ministre du budget, était l’invitée de Matin Première ce jeudi 28 février sur La 1ère. Au micro de Rachel Crivellaro, elle a réagi sur le rapport de la Commission européenne fraîchement sorti et elle est revenue sur la législature écoulée.

“Il faut créer de l’emploi dit-elle [la commission européenne ndlr], c’est ce que nous avons fait : 230 000 emplois créés […]“

– Sophie Wilmès

Une hausse des emplois, oui mais…
Nous observons en effet une évolution de l’emploi en Belgique depuis début 2015. Le taux d’emploi des 20-64 ans a même atteint les 70% lors du troisième trimestre de 2018. Cependant, le nombre de 230 000 emplois créés, avancé par Sophie Wilmès, demeure difficilement vérifiable et introuvable : pas de trace de ce nombre dans les statistiques accessibles. Il s’agit en réalité d’estimations; car c’est au printemps 2019 seulement, que l’Office national de la sécurité sociale (ONSS) sera en mesure de publier les chiffres définitifs du nombre d’emplois créés pour l’année 2018.

Taux d’emploi à 70%
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(Source : Statbel)

De manière générale, les estimations du Bureau fédéral du plan et de la Banque nationale de Belgique misent sur la création de 45 000 à 65 000 emplois supplémentaires d’ici 2021.

 

L’Europe dit : il faut assainir les finances publiques, ce que nous avons fait puisque nous avons divisé le déficit par 4

– Sophie Wilmès

La ministre n’a pas tort :
Le gouvernement Michel a pris ses fonctions en octobre 2014 et a hérité de la part du gouvernement précédent d’un déficit qui s’élevait à 3,1%. Le gouvernement avait alors annoncé que pour 2018, il parviendrait à ramener le déficit à zéro. En 2017, le gouvernement a progressé sur cette voie en atteignant un déficit de 1,1% et a ainsi dépassé son objectif pour cette année-là qui était de 1,7 %. En 2018, le déficit était de 0,8%, il a donc bien été divisé par quatre depuis le début de la législature du gouvernement Michel en 2014.

Ce qu’elle ne dit pas :
Le déficit de 0,8% atteint en 2018 correspondait à un montant de 3,6 milliards d’euros. Mais le déficit s’élèvera en 2019 à 1,7%, soit un peu plus de 7,7 milliards d’euros comme l’indique les chiffres communiqués par le Bureau du plan. Christian Valenduc, professeur de marco-économie à UCLouvain soulève cette augmentation : “ Le déficit va doubler sur la dernière année de la législature, ce dont la ministre n’a pas tenu compte dans son propos”.

Déficit
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(Source : Institut des Comptes Nationaux)

De plus, d’après les prévisions de la Banque Nationale, “ la Belgique ne parviendra pas à retrouver l’équilibre budgétaire en 2020 ”. Or, atteindre l’équilibre budgétaire signifie atteindre un déficit de 0%, c’est l’objectif que l’Europe demande à l’ensemble des 28 pays européens.

● Des emplois créés dans tout le pays ?

Comme le souligne Sophie Wilmès, le marché du travail a connu une évolution ces dernières années. Selon Statbel, le taux d’emploi des 20-64 ans a même atteint les 70% pour la première fois en Belgique lors du troisième trimestre 2018. Cette hausse du taux d’emploi des 20-64 ans est cependant marquée par des écarts importants entre les trois régions du pays. En effet, le taux d’emploi est le plus faible à Bruxelles avec un taux de 60,7%, en Wallonie, on fait un peu mieux avec 63,6%. Enfin, le taux d’emploi est le plus important en Flandre avec un taux de 75,4%.

Pour Actiris, Office régional bruxellois de l’Emploi “cette comparaison n’a pas de sens économiquement parlant, les trois régions ayant chacune leur gouvernement, elles sont donc différentes au niveau institutionnel ”. Actiris préconise plutôt d’observer les différences entre le taux d’emploi des grandes villes telles que Bruxelles, Gand, Anvers ou Charleroi.

Copy: Déficit
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(Source : Actiris)

● Mais qu’entend-t-on par déficit budgétaire et assainissement des finances publiques ?

Le déficit budgétaire est la situation dans laquelle les recettes d’un l’État (hors remboursement d’emprunt) sont inférieures à ses dépenses (hors emprunt) au cours d’une année. Il s’agit donc d’un solde négatif exprimé en pourcentage du PIB.

L’assainissement des finances publiques (budgétaire) est l’action par laquelle on se rapproche d’une situation d’équilibre, voire de bénéfice, au niveau de la comptabilité nationale. Christian Valenduc l’explique : “Assainir les finances publiques, c’est améliorer le solde du budget, donc réduire le déficit. Cela peut se faire soit en augmentant les recettes (créances publiques) ou en diminuant les dépenses publiques ou toute combinaison des deux”. La Commission européenne avec son rapport annuel exige la diminution du déficit budgétaire des états membres.

● Pourquoi un rapport européen ?

Tous les ans, la Commission européenne publie pour chaque pays européen un rapport nommé European Semester: Country Reports. Ce dernier dresse le bilan du pays pour une période donnée en présentant la situation et les perspectives économiques. On y constate également les progrès réalisés ou non dans la mise en œuvre des recommandations de l’Union européenne.

● Bilan mitigé pour la Belgique

En 2011, la Commission Européenne a donc émis différentes recommandations à l’égard des pays européens en matière de réformes socio-économiques. Aujourd’hui, l’Europe pose un bilan mitigé quant au suivi de ses recommandations par la Belgique. Elle estime que notre pays a effectué 52% de progrès limités. Mais la Commission souligne aussi que 48% des recommandations adressées à la Belgique ont connu un certain progrès.

Parmi les recommandations qui n’ont connu qu’un progrès limité dans notre pays, on retrouve la recommandation selon laquelle la Belgique devait « améliorer l’efficacité et la composition des dépenses publiques à tous les niveaux de pouvoir afin de libérer des marges pour l’investissement public, notamment en procédant à des réexamens des dépenses ». Néanmoins, la Belgique a réalisé des progrès plus importants en terme de pression fiscale sur le travail. En effet, la Commission relève que notre pays a effectué des réductions progressives de l’impôt des personnes physiques et des cotisations sociales patronales. Cette décision concernait les salaires les plus bas ; elle a ainsi permis une activation des groupes les plus vulnérables tels que les personnes peu qualifiées et les jeunes.

 

(Crédit photo : pixabay/Bru-nO)

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